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Référendum catalan: les nationalistes ne désarment pas

09/04/2014 05:24 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

Au lendemain du rejet massif par les députés espagnols du projet de référendum sur l'indépendance de la Catalogne, les nationalistes assuraient vouloir poursuivre leur feuille de route par les voies légales, mais Madrid et Barcelone ont perdu une occasion de renouer le dialogue.

"A partir de ce 'non' douloureux, les institutions catalanes chercheront la construction de cadres légaux, et il y en a plusieurs, afin de pouvoir organiser cette consultation le 9 novembre", a promis mardi soir le président nationaliste de la Catalogne, Artur Mas.

Après sept heures de débats, les députés espagnols venaient de rejeter, essentiellement avec les voix du Parti populaire, de droite, au pouvoir, et de l'opposition socialiste, la demande du Parlement catalan que lui soit transférée la compétence pour organiser un référendum sur l'indépendance.

"Si les lois sont utilisées pour nier la réalité, ils ne parviendront pas à éviter la réalité, et le problème s'enracinera", a affirmé le président catalan mercredi devant le Parlement régional.

Artur Mas, un nationaliste allié depuis 2012 avec le parti de gauche indépendantiste ERC pour gouverner la Catalogne, une région de 7,5 millions d'habitants dans le nord-est de l'Espagne, a toujours affirmé qu'il agirait par les voies légales pour parvenir à l'indépendance.

Mais il dispose à présent d'une marge de manoeuvre extrêmement étroite, entre le blocage qui l'oppose à Madrid et une opinion publique où les aspirations à l'indépendance n'ont cessé de grandir, à mesure que les difficultés économiques liées à la crise renforçaient le sentiment identitaire.

Déjà, l'Assemblée nationale catalane (ANC), un puissant lobby pro-indépendance, a fixé au 23 avril 2015 la date d'une proclamation d'indépendance, y compris unilatérale.

"Mas est piégé parce que c'est un processus auquel participe une très grande partie de la société civile. Aujourd'hui, cette société civile est avec lui parce qu'ils partagent les même objectifs, mais il aura beaucoup de mal à freiner ce processus", relève le politologue Fernando Vallespin.

"Nous sommes fidèles à la volonté démocratique des citoyens et nous attendons du gouvernement le même engagament", a d'ailleurs averti mercredi Oriol Junqueras, le leader d'ERC.

- Un 'choc frontal' -

Farouchement opposé à un référendum qui pourrait aboutir à une déclaration d'indépendance de la Catalogne, le gouvernement central s'appuie sur la Constitution de 1978 pour invoquer le "caractère indivisible" de la nation espagnole.

Et après avoir assuré qu'il était prêt au dialogue avec la Catalogne, le chef du gouvernement Mariano Rajoy a maintenu mardi une ligne ferme, affirmant qu'il ne concevait pas "une Catalogne hors de l'Espagne et de l'Europe".

"Toute l'attente suscitée par le débat résidait dans le fait de vérifier quelles possibilités il y avait d'ouvrir des voies de dialogue pour offrir une sortie concertée et satisfaisante au processus de souveraineté catalane, mais ceux qui avaient de l'espoir ont été à nouveau frustrés", résumait le quotidien catalan La Vanguardia.

"Déconvoquer le référendum entraînerait des élections anticipées dans la région qui donneraient probablement un fort pourcentage à ERC, un scénario qui n'intéresse si le gouvernement catalan ni l'Espagne", avertissaient mercredi les analystes de Citi Research.

"Le plus probable", selon eux, "est que la Catalogne maintienne son intention de convoquer un référendum, qui ne serait alors ni contraignant, ni reconnu".

Une fois écartée la possibilité d'un accord avec Madrid, le processus d'autodétermination pourrait aussi passer par l'élaboration d'une nouvelle loi par le Parlement catalan.

Ce scénario, parmi cinq envisagés en 2013 par un groupe de conseillers du gouvernement catalan, serait le seul rendant possible une consultation sans accord de Madrid.

La statut d'autonomie de la Catalogne, datant de 2006, lui permet en effet d'organiser elle-même une consultation. Mais celle-ci "ne peut être convoquée que sur les compétences revenant au gouvernement régional", excluant donc les questions de souveraineté nationale, avertit Xavier Arbos, professeur de Droit constitutionnel.

Il est donc probable qu'une fois adoptée une telle loi, celle-ci serait bloquée par le gouvernement central.

"Nous allons vers un choc frontal, un choc de légitimité", prédisait mercredi Maurici Lucena, député socialiste catalan, dont le parti a voté contre le projet, mais a proposé une réforme de la Constitution pour mener l'Espagne vers plus de fédéralisme.

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