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Poutine utilise de nouveau le gaz naturel pour menacer l'Ukraine

09/04/2014 08:46 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

MOSCOU - Le président russe Vladimir Poutine a menacé, mercredi, de demander à l'Ukraine d'acquitter d'avance les prochaines livraisons de gaz naturel, une décision qui pourrait frapper durement un pays qui vacille déjà au bord de la faillite.

Il s'agit de la plus récente manoeuvre de la Russie pour resserrer son étau économique sur l'Ukraine, depuis que le président prorusse Viktor Ianoukovitch a été chassé du pouvoir par des manifestations populaires en février.

M. Poutine a affirmé, lors d'une rencontre de ses ministres, que d'exiger un paiement anticipé de l'Ukraine correspond aux conditions du contrat entre les deux pays. Il a toutefois conseillé au géant Gazprom de ne pas adopter une mesure aussi drastique avant la tenue de nouvelles consultations.

La Russie a déjà aboli le rabais qu'elle consentait à l'Ukraine sur le gaz naturel, en faisant valoir que ce rabais était lié au bail permettant la présence de la flotte de la mer Noire en Crimée — une région ukrainienne depuis annexée par Moscou.

L'Ukraine a aussi promis au Fonds monétaire international d'abolir les subventions accordées aux habitants, en échange d'un prêt d'urgence pouvant atteindre 14 milliards $ US. Le coût du gaz devait donc bondir de 50 pour cent le 1er mai, avant même la plus récente menace de M. Poutine.

S'exprimant à Kiev un peu plus tôt, le ministre ukrainien de l'Énergie, Iouri Prodan, a déclaré que l'Ukraine n'acquittera le gaz livré en mars qu'une fois un accord conclu quant au prix. Il a rejeté le prix plus élevé exigé par Gazprom et révélé que l'Ukraine n'a obtenu aucun gaz russe depuis le début du mois.

Par ailleurs, les autorités ukrainiennes ont prévenu mercredi qu'elles sont prêtes à avoir recours à la force pour libérer deux édifices gouvernementaux dont se sont emparés des séparatistes prorusses dans l'est du pays.

Le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov affirme que les confrontations à Luhansk et dans les régions voisines de Donetsk et Kharkiv devront avoir été résolues d'ici deux jours, que ce soit par la négociation ou par la force.

«Je veux répéter qu'il n'y a que deux options: un réglement politique grâce aux négociations ou le recours à la force, a-t-il lancé aux journalistes. Nous sommes prêts pour les deux éventualités.»

Toutes les villes touchées se trouvent dans le coeur industriel de l'Ukraine, dans l'est du pays, où on retrouve une importante population russophone et où les liens économiques et culturels avec la Russie sont solides. Plusieurs habitants de la région se méfient du gouvernement intérimaire.

Les manifestants antigouvernementaux de Luhansk ont érigé une barricade le long d'une artère importante devant l'édifice du service de sécurité. Pendant la nuit, des orateurs ont dénoncé le gouvernement de Kiev et demandé la tenue d'un référendum sur l'autonomie de leur région.

Quelques dizaines d'otages pourraient avoir été libérés, mais la situation demeure nébuleuse.

Un parlementaire membre de l'opposition, Serhiy Tyhipko, a demandé à Kiev de ne pas attaquer l'édifice, mais de plutôt négocier avec les militants. Il a expliqué que les manifestants souhaitent que l'Ukraine se transforme en fédération avec des pouvoirs régionaux élargis, et non de voir leur région faire sécession.

À Donetsk, le gouverneur régional Serhiy Taruta a rencontré les militants qui occupent un autre édifice gouvernemental pour tenter de trouver une issue à la crise. Le leader des manifestants a salué l'occasion de dialoguer avec les autorités.

Le gouvernement ukrainien et l'Occident accusent Moscou d'aviver les tensions en Ukraine. L'OTAN affirme que quelque 40 000 soldats russes sont toujours massés le long de la frontière entre les deux pays.

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