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Les femmes des bidonvilles philippines heureuses de la loi sur la contraception gratuite

09/04/2014 05:08 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Pour Christina, jeune mère célibataire, la loi sur la contraception gratuite que vient de défendre la Cour suprême des Philippines face à l'Eglise catholique arrive trop tard. Mais elle se réjouit de son entrée en vigueur, avec les habitantes d'un bidonville de Manille.

Christina Bantasan, 25 ans, a eu un bébé sans être mariée l'automne dernier, six mois avant que la plus Haute cour du pays déboute l'Eglise catholique de l'archipel qui réclamait l'invalidation d'une loi instaurant la gratuité des moyens de contraception pour les plus pauvres.

"C'était la première fois pour tous les deux. Nous n'avions aucune idée sur la contraception. Je ne connaissais pas l'existence de la pilule. Mes parents étaient très en colère que je sois tombée enceinte", raconte-t-elle.

Elle a abandonné les cours de gestion qu'elle suivait à l'université et aide à présent sa mère à tenir un petit stand de crèmes glacées, près de l'église catholique à Baseco, un des plus grands bidonvilles de Manille.

Le président Benigno Aquino avait signé en décembre 2012 la loi prévoyant la gratuité des moyens de contraception (préservatif, pilule) et l'éducation sexuelle à l'école.

La loi rend aussi obligatoire la formation des travailleurs sociaux au planning familial et légalise les soins post-avortement.

L'Eglise, très influente aux Philippines dont 80% de la population se dit catholique, avait saisi la plus haute juridiction de l'archipel, estimant que le texte était anticonstitutionnel.

Mais la Cour a débouté l'Eglise mardi et conservé le gros de la loi. Seuls ont sauté la possibilité de donner aux mineurs accès aux contraceptifs sans le consentement des parents et la possibilité de sanctions pour les soignants refusant de distribuer des informations sur la contraception.

Les défenseurs du texte ont tous qualifié la décision judiciaire de victoire, espérant qu'elle conduira à diminuer le taux de fertilité élevé dans l'archipel (3,54 enfants par femme) et à aider ainsi les familles à sortir de la pauvreté.

La loi pourrait également faire reculer la mortalité en couche.

- Un enfant tous les ans -

Le dirigeant de la conférence épiscopale catholique des Philippines, l'archévêque Socrates Villegas, a réagi avec plus de modération que d'autres évêques ou sénateurs catholiques.

Il a demandé à ses ouailles de respecter la décision de la Cour et d'"aller de l'avant" pour se concentrer en priorité sur les enseignements moraux de l'Eglise.

Un membre éminent de cette conférence épiscopale, Oscar Cruz, avait indiqué mardi craindre que l'arrêt "n'ouvre les vannes de lois non-catholiques comme la légalisation de l'avortement ou du divorce" qui restent interdits dans le pays.

Christina et ses voisines du bidonville de Baseco attendent cette loi depuis longtemps.

"Tellement de jeunes filles n'ont aucune idée sur la question et tombent enceinte. Une de mes amies avait juste 14 ans. C'était la première fois pour elle, et le père n'a plus jamais donné de nouvelles", dit la jeune femme.

De nombreuses femmes dans le bidonville auraient voulu ou veulent espacer les naissances mais ne savent pas comment s'y prendre, à part quelques remèdes de grand-mère aux résultats aléatoires.

"Si les femmes avaient moins d'enfants, elles pourraient les envoyer à l'école", songe Myrna Nucup, 51 ans.

Caroline Nazario, 21 ans et déjà mère deux fois, s'est procurée un implant contraceptif auprès d'une ONG, malgré la crainte d'essuyer la réprobation du prêtre du quartier.

"Si je me conformais à ma foi, nous aurions un enfant tous les ans. Et nous serions de plus en plus pauvres", soupire-t-elle.

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