NOUVELLES

L'ancien président de Sintra admet la collusion dans les contrats du MTQ

09/04/2014 09:51 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ancien président de Sintra, Normand Bédard, a admis devant la Commission Charbonneau, mercredi, que son entreprise a participé à un système de collusion dans le domaine du pavage pour les contrats du ministère des Transports du Québec ainsi que dans certaines municipalités.

M. Bédard a été mis au courant de la façon de procéder dès 1986 par un autre cadre de l'entreprise, qui lui avait indiqué que dans la région de la Montérégie-Est, les trois entreprises participantes se partageaient les contrats à raison d'un tiers, un tiers, un tiers.

«On se respectait; on avait une parole. Et les gens respectaient leur parole en général», a commenté M. Bédard.

Sintra est l'entreprise qui a décroché le plus de contrats du ministère des Transports pendant la période 1997-1998 à 2011-2012, selon les tableaux déposés devant la commission, soit 1,645 milliard $.

M. Bédard était alors directeur régional à Granby pour Sintra. Ensuite, il est allé à Sherbrooke, où le même système de partage des contrats avec le concurrent avait cours. Un autre témoin a déjà avoué à la commission que Sintra participait à un système similaire à Montréal, toujours avec son principal concurrent DJL, mais également avec d'autres entreprises.

Fait à noter, le dirigeant de Sintra a lui-même siégé à un «comité des prix» du ministère des Transports. Le ministère fixe en effet des prix pour certains matériaux, ce qui lui est utile notamment pour établir ses propres estimations.

Encore en 2008, alors qu'il était devenu président de Sintra, la collusion a eu cours pour deux importants contrats de l'autoroute 10. DJL a obtenu le premier des deux contrats, d'une valeur de 6,47 millions $, et Sintra a obtenu le second.

La collusion a pris fin quelque part dans les années 2000 lorsque M. Bédard s'est rendu compte que l'entreprise «n'en avait pas besoin pour vivre». Bien sérieusement, il a dit à la commission: «j'ai toujours cru que la modération a bien meilleur goût».

M. Bédard a estimé sa marge de profit à 10 à 15 pour cent pour les contrats en collusion, voire 20 pour cent pour certains projets.

Pour les contrats en libre concurrence, sa marge de profit pouvait être pratiquement nulle ou atteindre 10 pour cent.

Et lorsque la collusion a pris fin, sa marge de profit demeurait tout de même à 5, 7 ou 8 pour cent, a-t-il précisé.

Des contrats pour les municipalités étaient aussi touchés par la collusion et dans d'autres régions, a admis M. Bédard.

Dons aux partis

Le géant de la construction Sintra s'est montré généreux envers les partis politiques provinciaux. Ainsi, de 1998 à 2011, un peu plus de 170 000 $ a été versé aux trois partis par des employés et cadres de l'entreprise: principalement au Parti libéral du Québec (PLQ), puis au Parti québécois (PQ) et à l'Action démocratique du Québec (ADQ).

Lui-même a fait des chèques personnels, puis était remboursé en argent comptant ou à même un compte de dépenses par Sintra _ ce qui contrevient à la loi.

Lorsqu'il est devenu président, il affirme avoir mis fin à cette pratique de remboursements des dons en 2006. Toutefois, des contributions ont continué d'être versées, selon les relevés du Directeur général des élections. L'avocat du PLQ, Me Félix Rhéaume, lui a fait dire que cela était alors fait à titre personnel, sans remboursement _ ce qui respecte la loi.

Comme d'autres témoins avant lui, M. Bédard a avoué avoir offert divers cadeaux: billets de hockey, billets de spectacles, bouteilles de vin à Noël aux «clients» de Sintra, comme les représentants du ministère des Transports.

Cela visait à aplanir les difficultés qui pouvaient survenir aux chantiers entre les responsables de projets du ministère et de Sintra, a-t-il avancé.

Des directeurs territoriaux du MTQ et trois sous-ministres adjoints ont aussi été emmenés, dans un cas à la pêche sur l'île d'Anticosti en 2008, et dans d'autres cas à la pêche au saumon à l'Anse Saint-Jean ou à la pêche à la truite ou au golf.

«C'était une culture qui existait, c'était comme ça», a-t-il conclu. Il a tout de même fini par cesser ces pratiques parce que «ce n'était pas vraiment nécessaire».

Son contre-interrogatoire se poursuivra jeudi matin.

PLUS:pc