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En France, des familles de jeunes djihadistes demandent à l'État d'agir

09/04/2014 09:13 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

Plusieurs familles de jeunes Français partis faire le djihad ont appelé jeudi le gouvernement à agir davantage en matière de prévention pour mettre à mal le système d'endoctrinement et enrayer l'exode des candidats à la guerre sainte en Syrie.

Fin janvier, quelque 250 Français ou résidents en France se trouvaient en Syrie et 21 autres avaient trouvé la mort sur place depuis le début des affrontements entre les rebelles et les forces du président Bachar Al-Assad, selon le ministère français de l'Intérieur.

Face à cet exode, un plan de lutte contre les filières qui acheminent des combattants en Syrie a été adopté fin mars, une
initiative jugée insuffisante pour les familles de djihadistes qui réclament une « action politique forte » de l'État.

Réunies pour la première fois à Paris, ces familles ont lancé une pétition nationale intitulée « Rendez-nous nos enfants » et réclament la mise en place d'un dispositif de prévention et d'alerte et un accompagnement pour les familles de djihadistes.

« Quand un enfant est déjà embrigadé, sachez que le taux de réussite est très très faible, c'est uniquement en amont qu'on peut éviter les basculements, ça il faut que (les autorités) en aient conscience », souligne Dounia Bouzar, fondatrice du Centre pour la prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI) et à l'origine de la pétition.

« Mettre des indicateurs d'alerte en place, ce n'est quand même pas une révolution, c'est juste un peu de travail d'experts », ajoute-t-elle, proposant de partager les indicateurs d'alerte entre « enseignants, éducateurs, imams, et policiers ».

« Il faut qu'on arrête de banaliser des comportements de rupture en pensant que ce sont des comportements religieux. »

« Massacre »

La question des combattants français partis en Syrie a fait irruption sur le devant de la scène en début d'année avec la mise en examen fin janvier de deux adolescent toulousains qui avaient l'intention de combattre les forces de Bachar Al-Assad.

Quelques semaines auparavant, les parents d'un autre djihadiste français, Nicolas, avaient appris la mort de leur fils de 30 ans dans une opération kamikaze à Homs, en Syrie. Le demi-frère de Nicolas, Jean-Daniel, avait lui été tué début août en Syrie à l'âge de 21 ans.

« Je n'ai rien contre la religion de l'islam », a expliqué jeudi la mère de Nicolas, Dominique Bons. « Quand mon fils s'est converti, j'ai vu que ça lui apportait de bonnes choses, c'est ce qu'on fait par la suite qui est grave. Il faudrait trouver qui fait ça et arrêter le massacre. »

Dépassées, les familles apprennent souvent par surprise le départ de leurs enfants vers la Syrie et disent n'avoir décelé aucun signe avant-coureur de leur embrigadement, comme Séverine Mehault dont la fille de 16 ans Sahra se trouverait à Alep.

« Elle disait à sa petite soeur qui a 14 ans de ne pas regarder ces choses-là sur internet, les photos, on ne s'est vraiment doutés de rien du tout », raconte la mère qui a eu à
deux reprises sa fille au téléphone. « On le sent qu'elle n'est pas toute seule, elle demande conseil presque pour répondre, on ne peut pas lui dire ce qu'on aimerait lui dire. »

Dans un entretien à Reuters mi-février, le juge antiterroriste Marc Trévidic faisait état d'une accélération de l'exode des jeunes Français pour la Syrie avec le retour d'une
première génération qui s'efforce d'embrigader ses proches.

Mi-mars, huit Français âgés de 20 à 30 ans qui s'apprêtaient à partir en Syrie ont été interpellés en région parisienne.

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