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Batoche : la cloche dévoilée en 2013 n'est pas la vraie

09/04/2014 11:00 EDT | Actualisé 09/06/2014 05:12 EDT

Un texte de Mireille Lavoie

La cloche mythique qui avait été volée à Millbrook en Ontario et présentée l'an dernier comme étant la cloche de Batoche est en fait celle de Frog Lake, une communauté albertaine à 400 km de Batoche.

Un documentaire de CBC qui sera diffusé jeudi soir dévoile des preuves à cet effet.

Le métis manitobain Billyjo Delaronde avait affirmé en 2013, lors d'une cérémonie religieuse célébrée par l'évêque de Prince Albert à Batoche, qu'il avait secrètement gardé la cloche de Batoche depuis 1991, quand il l'avait dérobé d'une salle de la Légion canadienne à Millbrook, en Ontario.

« Je m'appelle Billyjo Delaronde. J'ai fait l'objet de spéculations et on m'a lié à des apparitions de la cloche pendant les 22 dernières années » , a-t-il affirmé à la foule rassemblée à Batoche.

« Je suis sûr d'une chose : j'ai risqué ma liberté et peut-être même ma vie pour ramener Marie Antoinette [nom donné à la cloche de Batoche] à la maison », a-t-il ajouté.

Or, la cloche de la Légion à Millbrook n'a jamais été la cloche de Batoche. Une erreur dans un livret publié en 1967 par la Société historique du comté, à l'occasion du centenaire du Canada, identifiait faussement l'artefact comme étant la cloche de Batoche.

Des témoignages écrits de soldats qui se sont rendus à Frog Lake, envoyés pour étouffer ce qu'on leur avait décrit comme étant un soulèvement indien et un massacre, racontent plutôt la prise de la cloche de Frog Lake.

Le grand-oncle du dramaturge Robert Winslow de Millbrook a écrit sur la prise d'une cloche de l'église catholique romaine là-bas.

« La seule chose qui restait de l'endroit où une église catholique avait été érigée était une palissade, et à la barrière, deux poteaux sur lesquels se balançait une petite cloche. Les soldats étaient avides de souvenirs, et quelques hommes de ma compagnie ont descendu la cloche le soir, sans nous en aviser, moi et les autres officiers. Ils l'ont mise dans une boîte avec des vieux vêtements et l'ont ramenée clandestinement à la maison », raconte le capitaine Charles Winslow.

Will Young, un autre soldat, corrobore ce récit. Son journal est conservé dans un petit musée de Caledonia en Ontario.

« Notre compagnie a offert à la ville une grosse cloche que nous avions ramenée de Frog Lake, afin de l'utiliser comme cloche d'alarme [dans la caserne de pompier]. La cloche venait de la mission catholique romaine de Frog Lake. Deux de nos soldats s'en sont emparés par une nuit obscure, l'ont fixée à une boîte en bois et l'ont ramenée à Millbrook », écrit Will Young dans son journal.

Les cloches de Mgr Grandin

Les cloches de Batoche et de Frog Lake sont deux des 20 cloches qui ont été commandées à des fondeurs français en 1879 par Mgr Vital Grandin pour ses missions dans l'Ouest canadien.

Les 20 cloches de Mgr Grandin peuvent être identifiées par le nom de l'évêque de Saint-Albert qui est coulé sur la cloche, de même que ses armoiries.

L'historienne Juliette Champagne a fouillé les archives de Mgr Grandin. « Dans toutes mes recherches, je n'ai pas vu un document, une lettre ou un registre paroissial qui dit que la cloche de Batoche eût été volée, jamais », affirme-t-elle.

Elle a toutefois mis la main sur ce que Mgr Grandin raconte sur ce qui est vraiment arrivé à la cloche de Batoche.

Qu'en est-il de cette cloche ?

Cette partie de l'histoire sera dévoilée dans le documentaire The Mystery of the Bell , qui sera diffusé le jeudi 10 avril à 21 h à l'émission Doc Zone de CBC.

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