DIVERTISSEMENT

La violoniste Rachel Barton Pine à Montréal: voyage entre Mozart et Metallica

08/04/2014 02:12 EDT | Actualisé 09/04/2014 01:33 EDT
I Musici

Le 11 avril prochain, l’Orchestre de chambre I Musici offrira au public montréalais la chance de goûter au talent de la violoniste Rachel Barton Pine. Reconnue comme l’une des plus grandes solistes classiques sur la planète, la jeune femme a également marqué l’univers de la musique grâce à ses flirts répétés avec le rock et le heavy métal. Sans oublier l’accident tragique qui a failli lui coûter sa carrière.

En 1995, alors âgée de 20 ans, la musicienne a vu les portes d’un train de Chicago se refermer sur la ganse de son étui de violon. Résolue à ne pas lâcher son instrument, elle a tout tenté pour le déprendre. Après avoir été traînée bien malgré elle sur une distance de 200 pieds, elle a subi de multiples blessures: la moitié de sa jambe gauche a été sectionnée, son pied droit a été mutilé, alors que la partie supérieure de son corps s’en est sortie indemne.

Obligée de se déplacer en chaise roulante pendant des mois, elle a été opérée plusieurs fois, avant d’apprendre à marcher avec une

jambe artificielle. L’incident l’a éloignée du violon pendant 18 mois.

Malgré le caractère dramatique de la situation, elle affirme n’avoir jamais douté de pouvoir rejouer de son instrument comme avant. «Dieu a voulu que je sois violoniste, dit-elle. Après l’accident, je ne savais pas quand j’allais pouvoir recommencer, mais comme la musique était ma vocation, j’étais persuadée que j’allais y arriver par un moyen ou un autre.»

Lors d’une entrevue téléphonique en direct de sa maison de Sacramento, elle souligne que son enfance a été ponctuée de défis bien plus périlleux. «Quand j’étais jeune, mon père était sans emploi et ma mère s’occupait de mes sœurs et moi. On était souvent à un paiement de perdre la maison et on n’avait pas toujours assez d’essence pour que je me rende à mes leçons de violon.»

«Dans un tel contexte, c’était un peu fou de vouloir devenir violoniste. Mais j’étais née pour ça. Dès l’âge de 14 ans, je jouais pour supporter financièrement ma famille. J’avais de grosses responsabilités. Inévitablement, ça a formé mon caractère. Quand j’ai eu mon accident, au fond de moi, je me disais que ce n’était qu’un obstacle de plus sur ma route…»

Coup de foudre montréalais

Réapprendre à marcher. Retrouver les hauts niveaux de sa carrière de musicienne. Être encensée partout sur la planète. Tout cela semble anodin pour Rachel Barton Pine. Elle affiche la même simplicité en parlant du spectacle caritatif qu’elle a donné samedi dernier afin de financer l’un des deux programmes de musique baroque aux États-Unis, basé à Sacramento, et de son amour pour Montréal, né il y a plus de 20 ans.

«En 1991, quand j’avais 16 ans, j’ai découvert Montréal en participant à ma toute première compétition internationale à vie. Je suis littéralement tombée en amour! J’ai même encore des contacts avec la famille qui m’avait accueillie à l’époque.»

La musicienne, qui aura 40 ans cet automne, compte profiter de sa présence dans la métropole pour donner une classe de maître aux étudiants en violon de l’Université McGill, en plus de se joindre à I Musici pour interpréter l’un de ses cinq concertos pour violon, qu’elle affectionne tout particulièrement.

«Le milieu du dernier mouvement a été comparé à la musique turque, lors de sa création. À la fin du 18e et au début du 19e siècle, plusieurs compositeurs étaient fascinés par la musique du Moyen-Orient. Certains tentaient de faire une caricature du genre, avec une touche européenne. Dans ce concerto, Mozart s’est éloigné de la structure conventionnelle, avec une ouverture orchestrale et le violon qui répète à peu près la même partition. Il a créé quelque chose de complètement différent pour le violon. C’était très radical pour l’époque.»

Rachel Barton Pine a une certaine expérience en matière de radicalité et d’extrêmes, elle qui chérit les airs de Bruch, Berlioz et Shostakovich autant que les chansons de Metallica, Led Zeppelin, Van Halen et Black Sabbath. Depuis des années, elle s’efforce de construire des ponts entre les genres musicaux.

«Je crois qu’il y a beaucoup d’incompréhension et de stéréotypes des deux côtés, spécialement en ce qui concerne la culture de l’environnement des concerts, qui intimide les gens. J’essaie d’expliquer, par exemple, qu’on peut assister à un spectacle de classique en jeans, ou se présenter à un concert rock sans être inquiet de se faire pousser.»

«Mon but n’est pas d’amener plus d’admirateurs à la musique rock, qui en a déjà énormément, mais plutôt d’encourager les gens à faire le chemin inverse vers le classique. Je crois que si quelqu’un n’a pas de musique classique dans sa vie, il lui manque quelque chose de spécial. Le spectre musical va plus loin que tous les autres genres musicaux.»

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