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Vic, fief indépendantiste catalan, se rit du vote des députés espagnols

08/04/2014 10:26 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Ville symbole du catalanisme, autoproclamée en 2012 territoire libéré, ses balcons pavoisés aux couleurs de l'indépendance, Vic se riait mardi du vote attendu des députés espagnols contre le projet de référendum en Catalogne, proclamant haut et fort que "la consultation aura lieu".

"Nous attendons qu'ils nous disent +non+ pour que le monde voie le degré de démocratie qui existe en Espagne", s'indigne Xavier Vivanco, un retraité de 72 ans, assis dans un bar de la place centrale où est installé le marché, sous un soleil radieux.

"A Madrid, ils considèrent que c'est une lubie d'Artur Mas", le président catalan. "Ils ne comprennent pas qu'ici, il y a des millions de gens derrière cela", ajoute le vieil homme, penché avec une amie, Conxita Pares, sur le journal de ce mardi.

"La consultation devra avoir lieu. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas et ne voulons pas revenir en arrière", assure cette femme de 63 ans.

Mardi, les partis nationalistes et indépendantistes de Catalogne demandaient à la Chambre des députés espagnole que soit transférée à la région la compétence pour convoquer le 9 novembre un référendum sur l'indépendance catalane.

Malgré le refus prévisible, à une écrasante majorité, des députés, le débat a soulevé des espoirs en Catalogne, avec des programmes spéciaux sur les radios et télévisions.

"Il est important de faire cette demande. Ils doivent tenter toutes les voies possibles", souligne Gil Pratsobrerroca, un étudiant de 17 ans.

"Rien ne peut arrêter le processus. Il faut voter parce que c'est ce que réclament les gens", affirme sans détours Josep Maria Vila d'Abadal, maire de Vic et président de l'Association des communes pour l'indépendance, formée par 687 municipalités de cette région du nord-est de l'Espagne.

Parmi elles, les 51 communes du canton d'Osona, dont Vic est la capitale, une plaine du centre de la Catalogne où se niche le principal foyer indépendantiste de la région.

En 2012, la ville de 41.000 habitants, a été la première capitale cantonale à se déclarer, symboliquement, "territoire libre catalan".

- La confiance brisée -

Accrochés aux balcons de la Plaza Mayor, la place centrale entourée d'arcades, flottent des dizaines d'esteladas, le drapeau indépendantiste. L'un d'eux orne la façade de la mairie.

"Nous avons besoin de plus d'argent et de moins de drapeaux, parler plus de la crise et moins de l'indépendance", proteste un retraité de 72 ans, José Arreola.

Devant lui, le poissonnier du marché, Pere Creus, n'est pas de cet avis, furieux contre le gouvernement espagnol.

"Nous n'en pouvons plus. Ils nous traitent très mal. Pas seulement d'un point de vue économique. Attaquer la Catalogne, cela a toujours rapporté des voix aux partis politiques du reste de l'Espagne. Chacune de ces attaques génère des dizaines d'indépendantistes", résume-t-il.

"Moi-même, avant, je me sentais très catalan mais aussi espagnol. Maintenant c'est fini. Je ne peux plus avoir confiance dans l'Espagne".

Le fort sentiment identitaire présent depuis toujours en Catalogne s'est transformé ces dernières années en une poussée indépendantiste, accentuée par la crise économique. La région chiffre à 16 milliards d'euros par an le manque à gagner entre sa contribution au budget de l'Etat et l'argent qui lui est reversé.

"Il y a quelques années, avec plus d'argent, les problèmes auraient pu être résolus. Aujourd'hui ce n'est plus possible", assure Conxita Pares.

"Ce n'est pas seulement une question d'argent, c'est devenu une question de dignité", lance Xavier Vivanco, accusant l'Espagne "d'ignorer que dans la péninsule ibérique il y a d'autres cultures et d'autres régions".

Il omet de mentionner que le pays compte aujourd'hui, outre le castillan, trois autres langues officielles, le basque, le catalan et le galicien, et que ses régions bénéficient de statuts d'autonomie parmi les plus larges d'Europe.

Le malaise de la Catalogne s'est pourtant exprimé de manière spectaculaire depuis deux ans, notamment lors de manifestations de centaines de milliers de personnes le 11 septembre pour la Diada, le Jour de la Catalogne.

Une pression citoyenne qui rend très difficile pour Artur Mas "de freiner le processus, car au point où en sont les choses, il sera très difficile de trouver une solution intermédiaire", analyse le politologue Fernando Vallespin.

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