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Ressusciter un palais de Marie-Antoinette : le pari fou d'une poignée de passionnés

08/04/2014 12:15 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT

Ressusciter un palais de Marie-Antoinette parti en fumée il y a 144 ans: des passionnés d'Histoire, convaincus du potentiel touristique du château de Saint-Cloud, aux portes de Paris, veulent le rebâtir pierre par pierre pour en faire un musée voire un hôtel de luxe.

"Qui n'a pas rêvé de dormir dans des appartements où séjournèrent tant de têtes couronnées ?", s'enthousiasme Laurent Bouvet, président de l'association "Reconstruisons Saint-Cloud".

Cet esthète, qui bataille depuis huit ans pour rebâtir l'ancien palais, n'a rien perdu de sa ferveur. "Si ce monument était encore debout, il serait certainement l'un des plus visités de France", assure-t-il.

L'attrait du lieu est indéniable. Sur une vaste colline surplombant la Seine, à cinq kilomètres de Paris, le château, édifié à la fin du XVIe siècle au coeur d'un parc de 460 hectares dessiné par Le Nôtre, a connu les fastes du pouvoir.

Il servit notamment de résidence au frère de Louis XIV, à la reine Marie-Antoinette, persuadée que l'air y était meilleur qu'à Versailles, et à l'empereur Napoléon. Le château accueillit aussi des hôtes parfois insolites comme la girafe de Charles X, la première introduite en France, qui dormait dans le parc.

Devenu quartier-général de l'armée allemande pendant la guerre avec la Prusse, il fut bombardé en 1870 par les canons français Aujourd'hui, seule une rangée d'ifs luxuriants marque son emplacement.

Sa reconstruction s'impose comme "une évidence" pour l'association car le domaine est situé sur l'axe Paris-Versailles, l'un des plus touristiques au monde, et est très bien desservi par les transports en commun.

"Les archives abondent pour rebâtir le monument", ajoute Laurent Bouvet, qui estime le coût du chantier à environ 100 millions d'euros.

Plusieurs pistes sont possibles. "On pourrait faire appel à des investisseurs privés", relève l'architecte Didier Beautemps, qui a imaginé un complexe hôtelier de près de 90 chambres avec spa et boutiques.

- Rentabilité -

L'architecte, qui conduit actuellement la rénovation de l'hôtel Ritz à Paris, envisage aussi de consacrer une partie du bâtiment à un musée. "Nous cherchons avant tout à être rentables dans un contexte difficile pour les finances publiques", explique-t-il. "Il faut scrupuleusement respecter l'aspect de l'édifice, mais on pourrait s'aider de matériaux modernes moins coûteux et plus écologiques que ceux utilisés à l'origine", ajoute-t-il.

Le chantier pourrait aussi être en partie auto-financé sur le modèle de Guédelon, en Bourgogne, où une cinquantaine d'ouvriers construisent depuis 1997 un château fort selon les techniques utilisées au Moyen Âge. Le lieu est ouvert au public et les entrées payantes financent les travaux.

Mais l'idée de rebâtir l'ancienne demeure royale et impériale de Saint-Cloud ne fait pas l'unanimité.

"Pas question de transformer le domaine national de Saint-Cloud en Disneyland", s'insurge le maire de la ville, Éric Berdoati, hostile à tout chantier auto-financé.

"Regardez l'état de nos châteaux, de nos églises. Il y a de nombreux sites déjà existants qui ont tant besoin d'être restaurés. Ne gaspillons pas nos énergies et nos finances dans de telles aventures", relève de son côté Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux.

Un obstacle de taille est aussi de convaincre l'État, propriétaire du terrain, qui montre pour l'instant peu d'enthousiasme. La région Île-de-France a aussi refusé l'année dernière de verser une subvention de 30.000 euros à l'association. "Reconstruisons Saint-Cloud" ne baisse pas les bras et a reçu le soutien de plusieurs hommes politiques.

A Paris, un autre projet fait aussi couler beaucoup d'encre: la reconstruction du château des Tuileries, mangé par les flammes en 1871, six mois après Saint-Cloud.

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