NOUVELLES

Québec: gifle électorale et crise chez les souverainistes

08/04/2014 11:21 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Les électeurs québécois ont infligé un désaveu cinglant aux projets identitaires du Parti québécois (PQ) sur la laïcité et la souveraineté en accordant une large majorité à l'assemblée de la province francophone au Parti libéral du Québec (PLQ).

Avec 25,4% des voix et 30 élus sur 125, le PQ a encaissé son score le plus faible depuis sa première élection en 1970, très loin derrière le PLQ (41,5% des suffrages, 70 sièges) emmené par Philippe Couillard. Battue dans sa propre circonscription, la Première ministre sortante Pauline Marois a annoncé son départ de la direction du PQ.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) du nationaliste François Legault a mordu sur les terres indépendantistes (23% et 22 élus), tout comme la petite formation souverainiste de gauche Québec Solidaire (7,6% et 3 sièges).

La défaite est d'autant plus cuisante pour le PQ que Mme Marois avait dissous l'assemblée pour tenter d'arracher une majorité afin de mettre en oeuvre des réformes sur la laïcité autour d'une Charte des valeurs québécoises. Débattue depuis la fin de l'été dernier, cette proposition de charte de la laïcité visait à interdire le port de signes religieux ostentatoires à tout le personnel des fonctions publiques et para-publiques.

Défenseur du multiculturalisme canadien, le PLQ de M. Couillard avait pris fait et cause contre ce projet.

- "Erreur stratégique" -

Pauline Marois a fait le pari d'obtenir une majorité sur un enjeu "qui a divisé" l'électorat, commettant "une erreur stratégique" et "les Québécois se sont sentis manipulés", explique à l'AFP Robert Asselin, directeur associé de l'Ecole supérieure d'affaires publiques de l'université d'Ottawa.

Pressée par sa base militante, Mme Marois n'avait pas exclu ouvertement --et ne pouvait pas le faire--, en cas de victoire, l'idée d'organiser un troisième référendum sur l'indépendance du Québec, après ceux perdus en 1980 et en 1995.

D'emblée dans la campagne, Philippe Couillard a joué sur cette peur en affirmant qu'"un retour du Parti québécois au gouvernement, c'est l'assurance d'un référendum sur la séparation du Québec". Cette idée avait encore été renforcée par le ralliement fracassant au PQ du magnat milliardaire de la presse Pierre Karl Péladeau qui, le poing levé à l'annonce de sa candidature, avait promis de faire du "Québec un pays".

"Il y a eu une erreur de calcul" du PQ "sur la volonté d'entretenir la possibilité d'un référendum. Les Québécois (...) ne voulaient pas en entendre parler", résume François Pétry, politologue de l'université Laval à Québec.

Le PQ doit se poser de "grandes questions sur sa raison d'être" soit la souveraineté du Québec. "Ils ne peuvent pas l'abandonner", avec le risque de provoquer le déchirement du parti, prédit M. Asselin.

Ces politologues ne prévoient pas la disparition de ce parti souverainsite. "Je serais surpris que les 30 à 35% de gens qui croient que le Québec devrait devenir un pays cessent soudainement d'y croire", avance M. Asselin.

Pour M. Pétry, l'émergence "d'un clivage gauche droite" ne remplacera pas l'axe dominant de la vie politique québécoise, soit la question "identitaire". Le bon score des nationalistes de la CAQ illustre plutôt, selon lui, "un tripartisme de transition" face à la domination du "duopole PLQ-PQ".

"Le Parti québécois est incapable de changer de veste. Et le parti libéral, c'est un petit peu la même chose", dit M. Pétry. Depuis la première victoire du PQ en 1976, le Parti libéral "continue d'avoir de bons scores grâce au clivage identitaire. Le moteur du Parti libéral, c'est d'être contre les référendums".

jl/mbr/mdm

PLUS:hp