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Les partis fédéraux lisent bien des choses dans le résultat électoral du Québec

08/04/2014 12:07 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Au lendemain des élections québécoises, les sourires étaient ostentatoires à Ottawa.

Lorsque Stephen Harper s'est levé aux Communes pour faire ses félicitations d'usage au nouveau premier ministre provincial, il affichait une bonne humeur évidente et il a dû s'y prendre à deux fois avant de pouvoir parler; les applaudissements des députés conservateurs et libéraux debout étouffaient les paroles du premier ministre.

«J'ai noté que les Québécois ont rejeté la tenue d'un autre référendum, a-t-il fini par dire. Et ils veulent un gouvernement qui soit ciblé sur l'économie et la création d'emplois et nous partageons ces priorités.»

Aussi très souriants, à la porte des Communes, les ministres Christian Paradis et Denis Lebel se réjouissaient de trouver en Philippe Couillard un meilleur interlocuteur.

«Le PQ ne parlait pas d'économie comme il aurait pu; il parlait de charte», s'est plaint le ministre Paradis.

«Quand il parlait de charte, on se tassait de là», a-t-il rappelé.

«Ici, comme ailleurs au Canada, comme au Québec, il y a beaucoup de gens qui ont soupiré avec soulagement», a admis pour sa part le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, à sa sortie de la Chambre.

Le chef libéral Justin Trudeau a tout de même fait une mise en garde: il ne faut pas croire le mouvement souverainiste mort.

«Faut pas dire ça», a-t-il averti, en point de presse, mardi matin.

«Il faut reconnaître qu'il y a des gens qui vont demeurer passionnément souverainistes. Mais les Québécois se sont exprimés, même une partie des Québécois souverainistes qui veulent de la stabilité, qui veulent une économie en santé, d'abord et avant tout», a-t-il estimé.

M. Trudeau s'est de plus félicité d'avoir prévu que les Québécois rejetteraient la charte des valeurs proposée par le Parti québécois.

«Je suis très content que ce que je sentais au profond de moi-même sur les Québécois a été démontré dans cette élection, que les Québécois ne sont pas des gens qui veulent s'en prendre aux droits fondamentaux des autres, surtout des immigrants, des immigrantes vulnérables», a-t-il dit.

Son député Stéphane Dion, lui, a tenu à qualifier les motivations de ceux qui n'ont pas voté pour le PQ.

«Ça s'est beaucoup joué, pas sur ce qu'on a appelé la peur des référendums, mais le refus d'un référendum, qui est un refus rationnel», a jugé M. Dion.

Intercepté sur la colline parlementaire, le député qui a incarné le discours fédéraliste pendant des années a offert sa lecture du résultat électoral.

«Si les Québécois qui ont appuyé les partis indépendantistes continuent d'appeler ça une peur, ils ne comprendront pas ce qui leur est arrivé», a-t-il dit.

Le néo-démocrate Alexandre Boulerice a vu cette élection comme un référendum sur un référendum. Et il a dit que tous doivent en prendre acte.

Lundi soir, son collègue Nathan Cullen utilisait Twitter pour féliciter les Québécois d'avoir «rejeté de façon écrasante l'épouvantable politique raciale et de peur du Parti québécois».

Le député Boulerice dit ne pas avoir vu le gazouillis, effacé depuis, mais il a repris sous une autre forme le propos de M. Cullen.

«Effectivement, il y a eu dans cette élection-là et dans certaines propositions que le Parti québécois a faites des relents un petit peu de xénophobie qui étaient extrêmement dommageables, des sujets divisifs, des sujets discriminatoires. On voulait exclure des gens», a dit M. Boulerice.

Le député croit aussi que le résultat de lundi aura une influence sur le prochain débat électoral fédéral.

Comme il y aura, en 2015, un gouvernement libéral à Québec, il ne sera pas question d'unité nationale, d'après lui. «Ça va nous permettre de manière beaucoup plus paisible et beaucoup plus sereine d'avoir un débat gauche-droite», croit le député.

Seuls politiciens à afficher une mine sombre, les quatre députés bloquistes promettent qu'ils seront du débat de 2015 qui devra donc porter aussi, selon eux, sur la question de la souveraineté du Québec.

«C'est possible pour nous de revenir et on y croit et on veut le faire», a affirmé le député André Bellavance, seul candidat annoncé à la chefferie du Bloc québécois.

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