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Le FMI craint une contagion de la crise ukrainienne à l'économie mondiale

08/04/2014 09:07 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Le Fonds monétaire international a mis en garde mardi contre les risques de contagion de la crise ukrainienne, qui affecte déjà la Russie, à l'ensemble de l'économie mondiale, notamment en cas de perturbations dans les approvisionnements en hydrocarbures.

La crise politique à Kiev et la confrontation diplomatique entre Moscou et les Occidentaux qui en a découlé ont déjà fait replonger l'Ukraine dans une profonde récession et entraîné d'importantes fuites de capitaux de Russie, de crainte de sanctions économiques occidentales.

Le Fonds a ainsi réduit ses prévisions de croissance économique pour cette année en Russie à 1,3% (contre 1,9% auparavant), mais a averti que les conséquences sur ce pays des événements actuels pourraient être encore plus dures et ne pas rester limitées à l'ex-espace soviétique.

L'organisation dont le siège est à Washington met en avant deux risques. D'une part, "de nouveaux troubles" pourraient ébranler les marchés financiers, les investisseurs se tournant vers les actifs les moins risqués pour se préparer à des tensions à l'échelle mondiale.

D'autre part, les flux commerciaux et financiers pourraient être affectés par "l'intensification de sanctions et contre-sanctions". "En particulier, il pourrait y avoir des retombées importantes en cas de perturbations importantes dans la production ou le transport du gaz naturel ou du pétrole brut, ou dans une moindre mesure, du maïs et du blé", souligne le FMI.

Les sanctions occidentales décidées après la prise de la Crimée ne ciblent que de hauts responsables russes, à l'exception de la banque Rossia visée par Washington.

Mais la montée de tensions depuis dimanche dans l'est de l'Ukraine fait craindre une nouvelle intervention russe et en réaction des sanctions économiques occidentales. De telles mesures pourraient isoler des pans entiers de l'économie de la Russie, premier producteur mondial de pétrole et principal fournisseur de gaz à l'Europe.

La Russie et l'Ukraine sont en outre de gros producteurs de céréales et se disputent ces dernières années la place de troisième exportateur mondial.

- Les investisseurs fuient -

Sans attendre, les investisseurs ont fui la Russie en mars à un rythme accéléré.

"Le climat des affaires n'était déjà pas parfait, il en ressort probablement encore pire. Les investisseurs hésitent à mettre de l'argent en Russie et à le laisser", a estimé mardi le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard.

La banque centrale a confirmé le mouvement. Les fuites de capitaux endémiques que subit l'économie russe ont presque doublé au premier trimestre et dépassé 50 milliards de dollars. Les investissements ont été divisés par trois.

A peine quelques heures plus tard, le gouvernement a réduit de manière draconienne ses prévisions de croissance pour 2014, à une fourchette comprise entre 0,5% et 1,1%, contre 2,5% auparavant, sans exclure un scénario encore plus sombre en cas de sanctions économiques.

Ce pronostic, encore plus sombre que celui du FMI, repose en particulier sur des prévisions de fuite massive des capitaux, de 100 milliards de dollars sur l'année, bien loin des 25 milliards envisagés jusqu'à présent.

Les tensions géopolitiques ainsi que les difficultés que connaissent les économies émergentes "constituent des vents contraires sur une activité déjà faible", relève le Fonds, qui ne cesse d'appeler la Russie à des réformes pour diversifier son économie, dépendante actuellement du pétrole et du gaz.

"Les risques restent orientés à la baisse vu les incertitudes suivant la prise de la Crimée", poursuit-il.

Qu'elles viennent du FMI ou du gouvernement russe, les prévisions actuelles de croissance sont bien loin des 7% à 8% qu'enregistrait le pays au début des années 2000 au cours des premiers mandats de Vladimir Poutine.

La Banque mondiale a mis les pieds dans le plat en avançant un risque de chute de 1,8% du PIB en cas d'intensification des sanctions imposées à Moscou.

Dans un rapport publié mardi, les économistes de la Haute école d'Economie de Moscou disent ne voir "aucune possibilité" pour que la croissance continue et prévoir au mieux une croissance nulle, au pire une contraction de 1,5% du PIB.

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