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La transition énergétique allemande va prendre un nouveau départ

08/04/2014 07:51 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

La transition énergétique de l'Allemagne va pouvoir entrer dans une nouvelle phase, après l'adoption en conseil des ministres mardi d'une loi réduisant le soutien aux renouvelables et censée assujettir à terme ce secteur très protégé aux mécanismes du marché.

"Le gouvernement crée les conditions pour un nouveau départ de la transition énergétique, c'était absolument nécessaire", a déclaré lors d'une conférence de presse le ministre de l'Economie et de l'Energie Sigmar Gabriel.

Des prix en hausse, un développement incontrôlé par endroits des renouvelables, des problèmes de réseaux et des inquiétudes sur la sécurité de l'approvisionnement jettent actuellement une ombre sur ce grand projet de la chancelière Angela Merkel.

La loi en vigueur, qui date de la fin des années 90, "était conçue pour soutenir certaines technologies", a expliqué M. Gabriel, mais désormais les renouvelables représentent 25% de la consommation électrique allemande.

D'ici à 2050, ils doivent en assurer 80%. Pour ce faire ils bénéficient de subventions, financées par une taxe prélevée sur chaque kilowatt-heure produit et consommé dans le pays. Alors qu'éoliennes et panneaux solaires ont poussé un peu partout, les prix du courant ont en conséquence nettement grimpé.

- Marche arrière sur certaines coupes-

Le ministre avait annoncé dans un premier temps des plafonds de nouvelles installations de capacités de production renouvelables et des coupes drastiques dans les subventions.

Mais ces dernières semaines il a dû faire marche arrière sur certains points, notamment pour satisfaire les Etats régionaux. Ceux du Nord, qui abritent beaucoup d'éolien, se sont insurgés contre les coupes dans ce segment, la Bavière, au sud, a bataillé contre la suppression des aides à la biomasse pour ne pas pénaliser ses agriculteurs...

Résultat, les plafonds restent mais les réductions de subventions sont au final moins marquées que prévu. La biomasse par exemple, que Berlin ne voulait plus soutenir pour se concentrer sur vent et soleil, bénéficiera encore de subsides.

Les mesures prises doivent tout de même enrayer la hausse des prix du courant - "mais nous ne pouvons pas promettre une baisse", a dit M. Gabriel, faisant valoir que d'autres facteurs entraient en ligne de compte.

Selon la nouvelle loi, qui doit entrer en vigueur en août et n'est pas rétroactive, à partir de 2017 le montant des aides doit être défini par un système d'appel d'offres qui mettra les producteurs en concurrence. Ceux-ci devront à terme vendre eux-mêmes leur courant sur le marché, où pour le moment l'électricité verte est prioritaire pour alimenter le réseau, à prix garanti.

- Compromis avec Bruxelles-

Les milieux économiques saluent ce passage à un mécanisme de marché, même s'il intervient trop tard aux yeux de certains. Pour les associations écologistes au contraire M. Gabriel est le fossoyeur de la transition énergétique.

In extremis, le ministre a réussi à se mettre d'accord avec Bruxelles sur le maintien d'un régime de faveur consenti aux entreprises grosses consommatrices d'énergie, qui ne s'acquittent pas ou seulement en partie de la taxe sur l'électricité. Ces exemptions étaient dans le collimateur de la Commission européenne, et les rabais vont dorénavant profiter à moins d'entreprises qu'avant.

Globalement toutefois Berlin a réussi à protéger son industrie, laquelle se frottait les mains mardi. "Le résultat est un succès politique important", a ainsi commenté Utz Tillmann, président de la fédération de la chimie VCI, (...) beaucoup d'emplois ont été préservés" selon lui dans ce secteur, qui reste, comme 64 autre branches, largement exempté d'impôt.

Ces dispositions, décidées trop tard pour être inclues au texte, seront examinées à part par le conseil des ministres début mai.

Le prochain chantier du gouvernement en matière d'énergie sera l'élaboration d'un mécanisme qui assure la rentabilité des centrales fossiles, notamment à gaz. Beaucoup d'entre elles ne survivent pas à la concurrence des énergies renouvelables mais le pays en a besoin pour les jours sans vent et sans soleil.

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