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Kiev menace les séparatistes, Moscou parle de guerre civile

08/04/2014 06:16 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT
AFP via Getty Images
Pro-Russian activists who seized the main administration building in the eastern Ukrainian city of Donetsk deploy a flag of the so-called Donetsk Republic and hold a Russian flag on April 7, 2014, in Donetsk. They proclaimed on April 7 the creation of a sovereign 'people's republic' independent of Kiev's rule. Ukraine's embattled Prime Minister on April 7 accused Russia of trying to 'dismember' his country by plotting seizures of government buildings in eastern regions that are seeking to break away from Kiev. AFP PHOTO/ ALEXANDER KHUDOTEPLY (Photo credit should read Alexander KHUDOTEPLY/AFP/Getty Images)

L'Ukraine, menacée d'éclatement, a averti mardi que les séparatistes pro-russes seraient traités comme des "terroristes et criminels", alors que la Russie, une nouvelle fois mise en garde par l'OTAN, pointait le danger de guerre civile.

Les Etats-Unis, tout en avertissant également Moscou, qui a massé des dizaines de milliers d'hommes aux frontières de l'Ukraine, ont proposé des "pourparlers", que la Russie veut bien envisager, mais seulement si les pro-russes y sont représentés.

Les "séparatistes" qui "prennent les armes, qui envahissent des bâtiments, seront traités comme le prévoient la Constitution et les lois, comme des terroristes et des criminels", a averti le président par intérim ukrainien Olexandre Tourtchinov.

Mais "les forces de l'ordre "ne prendront jamais les armes contre des manifestants pacifiques", a-t-il assuré, comme en réponse aux mises en garde de Moscou sur le danger d'une guerre civile.

Dans la nuit, forces de l'ordre et forces spéciales "Jaguar" du ministère de l'intérieur ont lancé une "opération antiterroriste" à Kharkiv, ville de 1,5 million d'habitants à une cinquantaine de km de la frontière russe, où des centaines de manifestants pro-russes assiégeaient les locaux de l'administration locale, nommée par Kiev.

Selon la police et des responsables gouvernementaux, les protestataires ont lancé des cocktails molotov sur le bâtiment et ont fait usage "d'armes et grenades à main". Trois membres des forces de l'ordre ont été blessés, dont un grièvement, et 70 activistes arrêtés pour "séparatisme" et "désordres de masse", dont leur leader local, selon ces sources.

A Donetsk, autre grande ville de l'Est russophone, les séparatistes qui ont proclamé lundi une "république souveraine" tenaient toujours le bâtiment de l'administration locale. Le siège local des services de sécurité (SBU) a par contre été libéré, sans faire des victimes, selon les autorités. Des séparatistes tenaient toujours mardi le siège du SBU dans une troisième ville de l'Est, Lougansk.

Les activistes pro-russes exigent l'organisation de référendums sur une "fédéralisation" de l'Ukraine ou le rattachement pur et simple à la Russie voisine, faisant craindre un scénario "à la Crimée", péninsule ukrainienne de la mer Noire rattachée sans coup férir à la Russie en mars après un scrutin non reconnu par Kiev et l'Occident, qui dénoncent ne "annexion".

- 'Guerre civile' -

D'autant que la Russie, dont le président Vladimir Poutine s'est engagé à protéger "à tout prix" les russophones de l'ex-URSS, a massé jusqu'à 40 000 militaires à la frontière ukrainienne, faisant craindre une invasion.

Moscou a appelé mardi les autorités ukrainiennes à cesser des préparatifs d'intervention dans les régions pro-russes de l'Est, ce "qui risque de déclencher une guerre civile".

Le ministère russe des Affaires étrangères a par ailleurs affirmé que 150 hommes d'une société privée américaine participaient à cette opération, ainsi que des militants d'un groupe nationaliste ukrainien qualifié de "fasciste" par Moscou. Kiev a démenti ces informations.

Les autorités ukrainiennes provisoires en place depuis le renversement d'un régime pro-russe fin-février accusent Moscou de vouloir "démembrer" leur pays ou au moins torpiller l'élection présidentielle prévue le 25 mai. D'autant que les favoris de ce scrutin sont des pro-européens, décidés à arrimer à l'Ouest une Ukraine de 46 millions d'habitants frontalière de plusieurs pays de l'Union européenne.

Face à ce brusque regain de tension, les Etats-Unis ont pressé lundi le président Poutine de cesser de "déstabiliser" l'Ukraine, accusant Moscou d'"orchestrer" les manifestations pro-russes. Mais Washington a également proposé une réunion quadripartite entre Américains, Russes, Ukrainiens et Européens.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, s'est dit "prêt à envisager" de tels pourparlers, mais en insistant pour que "le sud et l'est de l'Ukraine soient représentés".

Le patron de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a de son côté appelé mardi Moscou "à ne pas jouer l'escalade", estimant une nouvelle fois qu'une intervention russe serait une "erreur historique".

Américains et Européens brandissent par ailleurs la menace de nouvelles sanctions contre la Russie en cas d'intervention armée en territoire ukrainien.

Les Européens devaient de leur côté se pencher mardi à Bruxelles sur l'un des aspects de la crise qui pourrait directement les concerner: la menace d'une nouvelle "guerre du gaz" pouvant affecter les approvisionnements européens après que Moscou a imposé une augmentation-sanction de 80% du prix du gaz à l'Ukraine.

Or Kiev, qui rejette cette augmentation comme une "pression politique" dépend pour les trois-cinquièmes de ses besoins des livraisons russes et assure en outre le transit de plus de la moitié du gaz acheté par les pays de l'UE.

Les Européens devaient donc étudier avec une délégation ukrainienne les moyens d'assurer les besoins en énergie de Kiev.

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