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France: le sort d'un accusé d'une disparition voici 36 ans suspendu à ses ex-femmes

08/04/2014 06:54 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Le procès en France d'un ex-avocat, soupçonné d'avoir tué voici 36 ans une riche héritière, était suspendu mardi à l'audition de deux témoins-clés, deux anciennes épouses de l'accusé, au lendemain de la tardive confession à charge de l'un de ses fils.

Jugé pour la troisième fois dans l'une des plus grandes énigmes des quarante dernières années en France, Maurice Agnelet, 76 ans, a toujours clamé son innocence dans la disparition à Nice (sud-est) le 30 octobre 1977 d'Agnès Le Roux, sa maîtresse alors âgée de 29 ans.

Mais les révélations fracassantes de son fils, Guillaume, 45 ans, qui affirme avoir reçu dans le passé des "aveux" de son père mais aussi de sa mère, ont résonné comme un coup de tonnerre et Maurice Agnelet comparaît désormais détenu devant la cour d'assises de Rennes (ouest).

Annie Litas, 72 ans, mère de Guillaume, a accepté mardi d'être à nouveau entendue par la cour, mais en visioconférence en raison de sa "fatigue", selon une source proche du dossier. Le président de la cour a indiqué lors de l'audience que cette audition pourrait avoir lieu, par visioconférence, mercredi, en même temps que celle de ses deux fils.

Guillaume Agnelet sera lui entendu physiquement à Rennes mercredi.

A quatre jours du verdict attendu vendredi, le témoignage d'Annie Litas, première épouse de Maurice Agnelet dont elle était divorcée lors de la disparition d'Agnès, s'avère crucial : elle n'a jamais fait mention auparavant des faits évoqués par son fils.

"De son discours dépendra l'issue du procès", a déclaré à la presse Me François Saint-Pierre, avocat de Maurice Agnelet. "Les propos de Guillaume Agnelet doivent être considérés avec sérieux et avec attention. Ils posent une question nouvelle", a-t-il estimé. "C'est pourquoi j'attends les propos d'Annie Litas, qui pourra nous donner beaucoup d'éclaircissements", a-t-il ajouté.

Un expert psychiatrique, Jean-Claude Chanseau, avait dépeint lundi l'accusé comme un homme au "fonctionnement mental efficace, rapide, performant, ni délirant, ni affecté intellectuellement", mais atteint de "narcissisme" et usant d'une "forme particulière de perversion du discours".

- 'Faisabilité technique' -

Le troisième procès de Maurice Agnelet, ex-avocat de 76 ans, semblait piétiner jusqu'au témoignage lundi de son fils Guillaume.

Selon Guillaume, Maurice Agnelet lui aurait dit, quand il avait 16 ans, qu'il savait où se trouvait le corps. Puis, dans les années 1990, alors qu'il était étudiant, sa mère lui aurait dit "Ton père a tué Agnès", expliquant tenir cette information "directement de lui", a relaté lundi le fils de l'accusé.

"Ils sont allés faire du camping dans un coin tranquille près de Monte Cassino", en Italie. "Il aurait, pendant son sommeil, tiré sur Agnès", a-t-il poursuivi, expliquant avoir gardé le silence aussi longtemps "pour le bien de la famille".

La cour d'assises examinait également mardi la faisabilité technique d'une visioconférence à l'ambassade de France au Mexique, où vit un autre témoin-clé dans cette affaire, Françoise Lausseure, qui ne s'est pas présentée à l'audience jusqu'à présent.

Mme Lausseure, ex-épouse d'Agnelet, avait permis en 1999 la réouverture du dossier sur la disparition de la jeune femme, en revenant sur l'alibi qu'elle avait fourni à son amant. Elle a demandé lundi à témoigner au procès par visioconférence.

Agnès le Roux, riche héritière d'un casino sur la célèbre promenade des Anglais à Nice, avait mystérieusement disparu le 30 octobre 1977. Depuis, personne n'a revu la jeune femme ni son véhicule.

Sa disparition intervenait quelques mois après qu'elle eut vendu les parts de son casino à un concurrent. La somme, d'abord versée sur un compte commun aux deux amants, à Genève, s'est retrouvée après la disparition d'Agnès sur un compte au seul nom d'Agnelet.

Bénéficiaire d'un non-lieu en 1985, puis acquitté en 2006, Maurice Agnelet a été condamné en appel à 20 ans de prison en 2007, avant que la Cour européenne des droits de l'Homme estime début 2013 que ce procès n'était pas équitable.

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