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Massacre de Srebrenica: poursuite civile lancée lundi contre les Pays-Bas

07/04/2014 04:28 EDT | Actualisé 06/06/2014 05:12 EDT

LA HAYE, Pays-Bas - Le gouvernement des Pays-Bas a fait passer la sécurité de ses propres soldats devant celle des musulmans de Bosnie lors du massacre de Srebrenica, ont affirmé lundi, lors de l'ouverture d'un procès civil, les avocats qui représentent les proches des milliers de personnes tuées en 1995.

Le gouvernement néerlandais a immédiatement réfuté cette accusation en rappelant qu'il n'avait aucun contrôle réel sur ses soldats, qui agissaient comme «Casques bleus» lors d'une mission onusienne de maintien de la paix lors de la guerre en Bosnie.

La poursuite a été intentée par des veuves et des mères d'hommes tués en Bosnie-Herzégovine il y a 19 ans, à l'occasion du pire massacre à être survenu en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Quelque 6000 proches des 8000 hommes et garçons massacrés par les forces serbes de Bosnie dans la zone sûre de Srebrenica en juillet 1995 tiennent le gouvernement néerlandais responsable de la tuerie. La poursuite reproche à La Haye d'avoir négligé de prendre les mesures nécessaires pour éviter que le massacre ne se produise.

«C'est aussi une occasion pour le peuple néerlandais de reconnaître la responsabilité de ses politiciens et de ses soldats dans le génocide de Srebrenica, a dit Munira Subasic, une des 'Mères de Srebrenica'. C'est aussi une occasion pour le ministère (néerlandais) de la Défense de retrouver son honneur militaire.»

Les avocats des plaignants réclament une compensation, dans un dossier qui pourrait créer un précédent pour d'autres opérations de maintien de la paix.

L'avocat du gouvernement néerlandais, Bert-Jan Houtzagers, a affirmé que les militaires des Pays-Bas ont fait tout en leur pouvoir et que le gouvernement ne pouvait leur donner d'ordres. «Ils étaient des Casques bleus (...) exclusivement sous le commandement et le contrôle des Nations unies», a-t-il dit.

La décision est attendue plus tard cette année. Les tribunaux néerlandais ont déjà interdit à des plaignantes de poursuivre l'ONU, sous prétexte que l'organisation dispose d'une immunité.

Vendredi dernier, la Cour suprême néerlandaise a statué que les Pays-Bas avaient été responsables de la mort de trois Bosniaques musulmans lors du massacre. Les plaignants ont fait valoir que les trois victimes pour lesquelles ils avaient lancé leur poursuite auraient dû être protégées par les Casques bleus néerlandais.

Ces victimes comptent parmi les milliers de personnes qui ont trouvé refuge dans un territoire patrouillé par les Nations unies en juillet 1995, quand les soldats serbes bosniaques ont pris le contrôle de Srebrenica. Deux jours plus tard, les Casques bleus néerlandais ont cédé aux pressions des troupes serbes et ont expulsé les réfugiés musulmans.

Quelque 8000 hommes et garçons ont éventuellement été exécutés et jetés dans des fosses communes. Des tribunaux internationaux ont plus tard statué qu'il s'agissait d'un génocide.

Il y a un an et demi, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a reconnu un ancien haut commandant de l'armée serbe de Bosnie coupable de génocide pour son rôle dans le massacre de Srebrenica. Zdravko Tolimir a été condamné à la prison à vie.

Le chef militaire des Serbes bosniaques, le général Ratko Mladic, considéré comme le principal responsable de la purge de Srebrenica, a été arrêté et fait face à la justice internationale.

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