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L'Allemagne plutôt compréhensive dans son accueil réservé à Sapin et Montebourg

07/04/2014 01:10 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT

L'Allemagne s'est montrée plutôt compréhensive lundi dans l'accueil qu'elle a réservé aux nouveaux ministres français des Finances et de l'Economie, venus défendre les choix budgétaires de Paris dans un pays très attaché à la maîtrise des déficits.

Le ministre français des Finances Michel Sapin est arrivé le premier pour rencontrer son homologue, le conservateur Wolfgang Schäuble, qui a opté pour un ton conciliant au cours de leur conférence de presse commune, les deux ministres niant avoir abordé frontalement dans leur entretien le sujet le plus épineux : celui du dérapage annoncé des finances publiques françaises.

"L'Allemagne a besoin d'une France forte" a dit M. Schäuble, qui gère les finances d'un pays en situation d'excédent des comptes publics.

"La France est sur une très bonne voie", a-t-il ajouté, dans une allusion aux réformes annoncées à Paris, parlant d'une "très bonne rencontre" avec M. Sapin, et se disant "convaincu" par les explications de ce dernier.

Sur le sujet de la discipline budgétaire, il est seulement parti du principe que Paris était "conscient de ses responsabilités". "Il ne faut pas tout réduire à une seule question", celle de la baisse des déficits, a-t-il lancé, conciliant.

La France s'est engagée après, s'être vu accorder deux délais, à ramener son déficit public sous la barre de 3% du produit intérieur brut l'an prochain, mais plus personne n'y croit. Le déficit public français a atteint 4,3% en 2013.

- Des réformes "difficiles" -

Michel Sapin, nommé la semaine dernière ministre des Finances, a vanté les réformes "difficiles" que doit exposer mardi le Premier ministre Manuel Valls aux députés, et en a révélé la teneur en avant-première à son homologue allemand. Sans toutefois en dire plus à la presse.

Le gouvernement français va devoir mener de front plusieurs batailles : procéder à des baisses de charges pour les entreprises afin de leur redonner de l'air, donner un coup de pouce fiscal aux ménages "qui ne peuvent pas payer plus d'impôts" selon M. Sapin, et faire des économies de 50 milliards d'euros.

Se comparant à un "Schäuble français", M. Sapin a promis la "poursuite de la remise en ordre des finances publiques", soulignant que la France avait déjà fait "des efforts considérables" et allait les "amplifier", mais pas à n'importe quel prix.

Le ministre français a dit chercher un "équilibre" entre "le respect des engagements et une croissance économique supérieure", mais a reconnu qu'il s'attendait à des "difficultés", faisant implicitement référence au dialogue qui s'annonce avec la Commission européenne, gardienne des règles budgétaires.

Côté allemand, une certaine bienveillance filtrait déjà lundi, une source gouvernementale citée par le quotidien Süddeutsche Zeitung, affirmant que cela "ne servait à rien de se braquer sur des principes si le résultat final est de détruire l'économie française".

M. Schäuble a rappelé son attachement à une "croissance durable", c'est-à-dire non fondée sur une croissance des déficits.

L'objectif de la visite française de lundi était aussi de convaincre les Allemands de la cohérence du nouveau duo de ministres composé par MM. Sapin et Montebourg, inédit en France, qui ont d'ailleurs chacun pris garde de ne pas empiéter sur le pré carré de l'autre.

Venu avec un ordre du jour séparé, M. Montebourg s'est aussi exprimé sur la question des déficits, estimant qu'elle était "accessoire par rapport à la croissance". "La croissance, c'est elle qui crée les emplois. Les comptes publics, ça ne crée aucun emploi, ça peut même en détruire. Voilà. C'est le message que j'adresse ici à nos amis allemands qui d'ailleurs font preuve de compréhension", a dit le ministre, sur I-Télé.

En dehors de cette sortie, M. Montebourg avait endossé, pour ce voyage, le rôle de réformateur de l'Europe.

"Je suis venu rencontrer mon homologue pour aborder un certain nombre de questions qui sont dans le champ européen, car notre objectif est que l'Europe change et bouge", a-t-il déclaré à quelques journalistes avant de s'entretenir avec des économistes, puis avec le ministre allemand de l'Economie social-démocrate Sigmar Gabriel dans l'après-midi. Au programme des discussions : le numérique et la compétitivité industrielle, notamment.

"Le meilleur moyen de défendre (l'Union européenne) est de la faire évoluer et de répondre aux aspirations populaires", a expliqué le ministre, qui s'était fait remarquer pendant la crise de l'euro par des prises de position parfois virulentes envers l'Allemagne.

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