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IOR: François choisit la prudence en maintenant la banque du Vatican

07/04/2014 08:57 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT

Le pape François a choisi lundi de maintenir l'Institut pour les oeuvres de religion (IOR), la "banque du Vatican", théâtre dans le passé de scandales retentissants, préférant une solution conservatoire et prudente à la fermeture pure et simple réclamée par certains.

Quand le pape François a été élu, la restructuration de l'IOR a été aussitôt considérée comme l'un des principaux chantiers de la réforme des institutions du Vatican.

Pour beaucoup, notamment en Italie, parce qu'il avait servi à recycler de l'argent criminel, l'IOR était le symbole de l'opacité, du recyclage, de la complicité involontaire ou non du Vatican avec certaines organisations criminelles.

C'est l'un des sujets sur lesquels la volonté réformiste du pape était particulièrement attendue.

"Le Saint-Père a approuvé une proposition sur l'avenir de l'IOR, réaffirmant l'importance de sa mission pour le bien de l'Eglise catholique, du Saint-Siège et de l'Etat du Vatican. L'IOR va continuer à servir avec prudence l'Eglise catholique dans le monde entier et à lui fournir des services financiers spécialisés", a annoncé le Saint-Siège.

Le porte-parole de l'IOR, Max Hohenberg, a salué aussitôt "une grande reconnaissance" par le pape de "la validité de notre mission de service et de travail accomplie pendant les douze derniers mois".

Le pontife argentin, par ses dénonciations de l'argent roi, avait suscité de grandes attentes concernant l'IOR, baptisé de manière erronée "banque du pape", alors qu'il ne s'agit pas d'un établissement de crédit.

Interrogé en juillet 2013, il avait affirmé ne pas avoir pas d'idée préconçue: "je ne sais comment l'IOR va finir. Certains disent que c'est peut-être mieux qu'il soit une banque, d'autres que ce soit un fonds d'aide, d'autres disent de la fermer. J'entends toutes ces voix. Je ne sais pas".

-"Saint-Pierre n'avait pas de compte en banque" -

Ces déclarations suivaient des propos plus offensifs: les administrations "sont nécessaires, mais jusqu'à un certain point", avait-il lancé devant des employés de l'IOR. Avant de décocher sa fameuse boutade: "Saint-Pierre n'avait pas de compte en banque".

Le pape argentin semble avoir choisi l'option qui semblait la plus vraisemblable: le maintien de l'institution, mais mieux contrôlée, bien encadrée, modernisée, intégrée aux nouvelles structures en voie de finalisation. Or les rouages économiques du Vatican ont commencé à être profondément remaniés, ce qui suscite des crispations.

Le président de l'IOR, l'Allemand Ernst von Freyberg, nommé par Benoît XVI il y a 14 mois, va pouvoir "finaliser le plan", qui sera présenté au Conseil des cardinaux (G8) et au nouveau Conseil pour l'Economie.

Le cardinal australien George Pell, qui dirige le nouveau "secrétariat" (ministère) de l'Economie, a confirmé l'importance d'un "alignement" du cadre juridique du Vatican "avec les meilleures pratiques au niveau international".

Les priorités désormais de l'IOR ont été énumérées par Max Hohenberg: 1/ achever l'analyse engagée par la société de consultants américaine, Promontory, de tous les comptes d'ici l'été; 2/ travailler à une meilleure intégration de l'IOR avec les différentes entités du Vatican et 3/ introduire des améliorations opérationnelles.

François avait confié à divers experts et commissions le soin d'étudier la rénovation d'une institution entachée par le recyclage d'argent sale, notamment de la mafia, le scandale le plus retentissant remontant en 1982 avec la faillite du Banco Ambrosiano, qui mêlait Vatican, CIA et loge maçonnique.

Les milieux criminels profitaient de l'anonymat ou de prête-noms pour blanchir leurs fonds.

Dès juillet dernier, le pape avait accéléré la reprise en main de la banque en limogeant deux dirigeants.

L'IOR est le canal obligé par lequel transitent les fonds des congrégations actives dans le monde entier (écoles, hôpitaux, camps de réfugiés, etc). Les institutions catholiques, les ecclésiastiques, les employés ou ex-employés du Vatican, les ambassades et diplomates accrédités peuvent y avoir des comptes.

En janvier, les comptes de 55% des clients (soit environ 10.000) avaient déjà été contrôlés par Promontory. Ceux des clients qui ne rentraient pas dans ces catégories ont été fermés.

Fin décembre 2012, des fonds de clients, pour un montant de 6,3 milliards d'euros, étaient gérés par l'IOR, qui disposait d'un patrimoine net de 769 millions d'euros.

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