POLITIQUE

Cartes de criminels: le ministre Peter MacKay ne se formalise pas de cette possibilité

07/04/2014 11:55 EDT | Actualisé 07/06/2014 05:12 EDT
AP/CP

OTTAWA - Le ministre fédéral de la Justice ne se formalise pas que des citoyens puissent utiliser l'information sur les lieux où les délinquants seront libérés pour créer des «cartes de criminels» sur Internet. La protection des victimes est plus importante, juge Peter MacKay.

Il a ainsi répondu, lundi, à des questions sur un aspect de son plus récent projet de loi, la future charte des droits des victimes, qui prévoit informer celles-ci de l'endroit où leur agresseur ira habiter.

De telles cartes existent aux États-Unis: il est possible de trouver sur Internet l'adresse précise d'une personne condamnée, avec son dossier criminel et sa photo. De nombreuses craintes ont été soulevées à ce sujet, notamment que les citoyens décident de se faire justice eux-mêmes.

Interrogé sur les conséquences néfastes que pourrait entraîner la divulgation de cette information, et son possible usage sur le Web, le ministre a eu ces commentaires: «Comme ces sites Internet qui mènent à l'oppression de nombreuses victimes que nous voyons au pays de nos jours?», a-t-il raillé au sujet de l'information qui pourrait être mise en ligne.

Il faisait probablement référence à ces sites où il est possible, par vengeance ou pour humilier, d'afficher des photos de personnes nues.

Selon M. MacKay, Internet sert déjà à victimiser des personnes. Cette disposition du projet de loi serait ainsi un «recalibrage du système de justice», soutient-il.

«Lorsque quelqu'un a commis un crime horrible, et qu'il paie sa dette envers la société, son nom est là, il est public», a-t-il justifié.

Fournir à la victime l'endroit où son agresseur est relâché va lui permettre de se protéger et va du même coup protéger plus largement la société, explique M. MacKay.

Selon lui, «le comportement passé des délinquants est un bon indicateur des raisons pour lesquelles certaines personnes ont peur et se sentent menacées lorsque que l'individu est relâché».

Et la diffusion du lieu où ils habitent n'empêchera pas la réhabilitation des criminels, croit-il. Les programmes visant cet objectif existent déjà. La divulgation du lieu où se retrouvera un délinquant n'a ainsi rien à voir avec la réhabilitation mais plutôt avec la protection des victimes, indique le ministre.

Il a présenté jeudi dernier le projet de loi visant à créer la charte des droits des victimes, une promesse de longue date des conservateurs.

La porte-parole en matière de justice du Nouveau Parti démocratique (NPD), Françoise Boivin, prévient qu'une fois que l'information sur le lieu de résidence des criminels est publique, il n'est plus possible de contrôler ce qui est fait avec celle-ci.

«Il faut éviter les dérapages et voir comment empêcher le vigilantisme. Il ne faut pas revenir aux bons vieux temps médiévaux où les gens se faisaient justice eux-mêmes», affirme-t-elle.

«Je serais vraiment triste de voir quelque chose d'horrible se produire parce qu'il y a eu un certain laisser-aller du côté des conservateurs», poursuit Mme Boivin.

Dans ce cas-ci, elle croit que les droits accordés aux victimes par la charte proposée doivent être étudiés plus en profondeur.

Elle précise qu'aider les victimes est une chose, mais se fermer les yeux sur les conséquences possibles de la charte en est une autre.

Lundi matin, le ministre MacKay a présenté en partie à nouveau son projet de charte à l'occasion du lancement de la 9e Semaine nationale de sensibilisation aux victimes d'actes criminels.

Il a précisé certains autres aspects de son projet de loi en réponse aux questions des journalistes.

Il croit que d'enlever l'interdiction du témoignage contre son époux devant un tribunal — une autre mesure contenue dans son projet de loi — va permettre de se débarrasser du «dernier vestige d'une loi archaïque». Cela permettra aussi d'amener devant la justice des preuves importantes — et d'améliorer l'exercice de recherche de la vérité, croit-il.

Quant à la possibilité d'avoir des témoignages anonymes, il n'y voit pas un accroc au droit d'un accusé à une défense pleine et entière mais plutôt une forme de protection pour les victimes. Un juge décidera si l'anonymat est nécessaire, a-t-il précisé.

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