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Une thérapie génique bientôt testée chez des patients atteints d'une maladie héréditaire rare

06/04/2014 01:03 EDT | Actualisé 06/06/2014 05:12 EDT

Une thérapie génique efficace chez l'animal contre l'atteinte du coeur dont souffrent les patients atteints d'une maladie neurodégénérative rare mais grave, l'ataxie de Friedreich, devrait faire l'objet d'un essai thérapeutique fin 2015-début 2016, selon des chercheurs français.

Dans un article publié dimanche dans la revue Nature Medicine, les équipes d'Hélène Puccio (Inserm/CNRS Université de Strasbourg) et du Pr Patrick Aubourg (Inserm, hôpital Bicêtre-Paris Sud) démontrent chez les souris l'efficacité d'une thérapie génique sur l'atteinte cardiaque associée à cette maladie héréditaire grâce à l'injection d'une copie normale d'un gène déficient dans cette pathologie.

Ce traitement a permis de guérir complètement et très rapidement le coeur malade des animaux traités, soulignent les chercheurs.

Le gène-médicament a été véhiculé par un virus rendu inoffensif, appelé virus adéno-associé (AAV), connu pour son efficacité à cibler les cellules cardiaques.

La mutation du gène responsable de la maladie, identifiée en 1996, entraîne une déficience en une protéine, la frataxine, dont la production n'est cependant pas complètement abolie.

Cette insuffisance en frataxine perturbe l'activité des mitochondries, ces petites usines de production d'énergie des cellules. Les tissus nerveux (cervelet, moelle épinière) et cardiaques sont particulièrement touchés par ce déficit énergétique, qui peut être fatal pour le coeur.

- complications cardiaques fatales -

L'ataxie de Friedreich est une maladie héréditaire rare (une naissance sur 50.000) et grave, contre laquelle il n'existe aucun traitement efficace. La maladie associe une atteinte neurodégénérative progressive, une atteinte du coeur et un risque accru de diabète.

Elle débute généralement à l'adolescence par des troubles de l'équilibre et de coordination (ataxie) des mouvements volontaires des membres, confinant les patients au fauteuil roulant au bout de 10 à 20 ans d'évolution. Mais ce sont les complications cardiaques qui causent, dans environ 60% des cas, le décès prématuré, le plus souvent avant l'âge de 35 ans.

L'étude montre qu'une seule injection de cette thérapie par voie intraveineuse permet non seulement d'empêcher le développement cardiaque chez les animaux avant l'apparition des symptômes, mais permet également un rétablissement complet et rapide du coeur des animaux déjà à un stade avancé de la maladie cardiaque. Ce dernier résultat "indique que les cellules cardiaques ne sont pas mortes, mais ne fonctionnent pas bien" souligne le Pr Patrick Aubourg.

Le premier essai aura lieu fin 2015-début 2016, indique le neuropédiatre. Il portera sur 30 à 40 patients, répartis entre la France et les Etats-Unis.

Juliette Dieusaert, présidente de l'association française Ataxie de Friedreich (Afaf), mère d'un enfant atteint aujourd'hui âgé de 30 ans, exprime "un espoir mesuré" à cette annonce, car il faudra encore attendre les résultats.

Actuellement cinq essais sont en cours dans le monde avec des produits pharmaceutiques classiques, relève Hélène Puccio. Mme Dieusaert se réjouit d'une recherche aussi active, car "il y a 25 ans, il n'y avait rien".

L'étude a été réalisé notamment grâce au soutien de l'Afaf, de Fara, association américaine dévolue au traitement de l'ataxie, et l'AFM.

BC/dab/DS

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