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GB: Martin McGuinness, ex-dirigeant de l'IRA, va dîner chez la reine

06/04/2014 11:06 EDT | Actualisé 06/06/2014 05:12 EDT

Le vice-Premier ministre nord-irlandais Martin McGuinness, ancien dirigeant de l'IRA et ex-ennemi public N.1, assistera mardi à un dîner d'Etat chez la reine Elizabeth II au château de Windsor, une invitation inimaginable il y a encore quelques années.

M. McGuinness, négociateur durant le processus de paix en Irlande du Nord, participera au dîner organisé pour la visite d'Etat du président irlandais Michael Higgins, la première d'un chef d'Etat de la république d'Irlande en Grande-Bretagne.

La reine a elle-même effectué en 2011 une visite historique en Irlande, la première d'un souverain britannique en Irlande depuis son accession à l'indépendance en 1922.

La visite d'Etat de M. Higgins, qui débute mardi, sera une nouvelle avancée symbolique dans les relations entre les deux pays.

M. Higgins s'est déjà rendu plusieurs fois en Grande-Bretagne depuis son entrée en fonction en 2011, mais jamais dans le cadre d'une visite d'Etat, occasion pour laquelle Londres déploie pompe et cérémonie.

Outre le dîner au château de Windsor, il doit s'exprimer devant les deux chambres du Parlement et visitera, avec son épouse Sabina, la Royal Shakespeare Company à Stratford-upon-Avon.

L'invitation de Martin McGuinness au banquet royal est sans doute encore plus spectaculaire. Car ce catholique de 63 ans, longtemps catalogué comme le "plus dangereux ennemi de la Couronne" par la presse britannique, avait refusé de siéger au Parlement de Westminster pour justement ne pas prêter allégeance à la reine.

A la tête de l'IRA, il a, paré de son béret de "guérillero" à la Che Guevara, combattu la domination britannique pendant les 30 ans de "troubles" en Irlande du Nord.

Mais il est aussi l'un des principaux artisans du processus qui a conduit le mouvement clandestin à déposer les armes, et un négociateur majeur de l'accord de paix du Vendredi Saint en 1998. Ce qui l'a conduit à devenir vice-Premier ministre en Irlande du Nord dans un gouvernement d'union avec ses anciens ennemis protestants du parti unioniste démocrate (DUP).

La reine a rencontré M. McGuinness une première fois lors d'une visite dans un théâtre de Belfast en juin 2012. A cette occasion, ils s'étaient serré la main devant les caméras. Ce geste avait été considéré impensable quelques années plus tôt.

Notamment parce que Martin McGuinness était un haut responsable de l'IRA lorsque l'organisation paramilitaire avait tué en 1979 Louis Mountbatten, oncle maternel du prince Philip et dernier vice-roi de l'Inde britannique.

Dimanche, M. McGuinness a salué "le rôle déterminant" que la reine "a joué et continue à jouer dans le processus de réconciliation". Il a ajouté qu'il avait été "extrêmement impressionné par sa manière très solennelle de saluer la mémoire des républicains irlandais morts pour l'indépendance" lors de la visite d'Elizabeth II en Irlande.

L'invitation de M. McGuinness au château de Windsor a été saluée par Gerry Adams, le président du Sinn Fein, l'aile politique de la défunte IRA. "Il s'agit d'un nouvel exemple de l'engagement du Sinn Fein en faveur d'un avenir fondé sur la tolérance et l'égalité", a-t-il dit.

"Cette décision pourrait être difficile pour certains républicains irlandais en raison des difficultés en cours en Irlande du Nord, mais je les appelle à envisager cela de manière positive dans le contexte des objectifs démocratiques et républicains et des intérêts de paix et d'unité sur cette île", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, s'est également félicité de l'invitation, appelant les deux parties à "avancer et ne pas être bloqués par le passé".

Le député conservateur britannique, Andrew Rosindell, a en revanche déclaré qu'il serait "très mal à l'aise" d'être assis à côté de quelqu'un mêlé à tant de "destructions et de tragédies".

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