DIVERTISSEMENT

«3 histoires d'Indiens», Robert Morin bouscule les préjugés

06/04/2014 09:39 EDT | Actualisé 06/04/2014 09:40 EDT

La trentaine de longs-métrages souvent hors-normes signés Robert Morin en ont fait l’enfant terrible du cinéma québécois. À l’occasion de la sortie vendredi prochain de 3 histoires d’Indiens, le Huffington Post Québec s’est entretenu avec un homme au caractère bien trempé.

Retour en arrière. En février, son film est présenté à la Berlinale dans la section «Generation» dédiée au jeune public. Même s'il s'agit d'une sélection prestigieuse, le principal intéressé tempère l'aventure.

«Je ne crois pas que j’aurais été invité si j’avais réalisé un film qui se déroule à Hochelaga. Mais les autochtones fascinent toujours autant les Européens», lance celui qui affirme ne pas faire des films pour les festivals.

Comme c'est souvent le cas dans la filmographie de Robert Morin, il a fait ce film avec trois fois rien (environ 150 000 dollars). Le long-métrage est né de ce désir de montrer un autre regard, à mille lieues des clichés, sans pour autant nier les problèmes récurrents que vivent encore les autochtones.

«Oui, la violence, l’alcool et la drogue existent là-bas comme dans les quartiers défavorisés de Montréal, s’emporte-t-il. Mais le problème, c’est la pauvreté. Ils se sont fait plus “fourrer” que nous. Par contre, il existe encore chez eux un fort esprit de solidarité.»

Le réalisateur ne passe pas par quatre chemins lorsqu'il parle de notre regard sur les autochtones. «Beaucoup de personnes pensent à tort qu’ils sont des privilégiés et des bons à rien. Je trouve ce genre de propos racistes et profondément injustes. Ce sont les paroles de gens qui ne savent pas les conditions de vie dans une réserve qu’on devrait comparer à des camps de réfugiés. Montrer un film sur les autochtones aux Québécois, c’est comme forcer un Israélien à visionner un film sur les Palestiniens»

Morin qui possède un pied-à-terre à Maniwaki depuis 30 ans se sent solidaire des peuples autochtones. Il entretient d’ailleurs des amitiés de longue date. «J’ai des atomes crochus avec les communautés que je fréquente. Je les admire dans leur malheur. Je les trouve incroyablement courageux», dit-il.

Triptyque autochtone

Courte œuvre chorale, 3 histoires d’Indiens a été tourné auprès des Algonquins de Kitcisakik et du Lac-Simon. Entre documentaire et fiction méditative, les trois récits qui s’étalent sur les quatre saisons mettent en scène de jeunes autochtones, esquissant au passage les contours d’une nouvelle génération qui refuse la résignation.

«Au début, on se croit effectivement dans un documentaire, jusqu’au moment où sans le savoir il y a une transition, le spectateur se retrouve devant une œuvre quasiment irréelle. J’ai fait ce film d’une manière organique, comme un sculpteur ou un peintre», dit-il.

Les destins de tous les personnages du film s'entrechoquent. Il y a Erik, ado verbeux, naïf et attachant qui tente de créer une station de télévision dans sa réserve à l’aide de matériels trouvés dans une décharge à ciel ouvert. «Il va au bout de sa passion, qu’importent les barrières», précise Morin.

Ailleurs, on découvre la quête syncrétique de trois jeunes femmes drapées et dévouées envers Kateri Tekakwitha, autochtone canonisée par Benoît XVI. Enfin, il y a Shayne, garçon silencieux s’accrochant à la musique classique qu’il écoute à haut débit avec ses écouteurs collés aux oreilles. «Shayne baigne dans un environnement trash tout en écoutant du Ravel. Je voulais que le clash soit clair ce qui permet aux décors dévastés de nous sauter à la figure», conclut-il.

3 histoires d’Indiens – Coop Vidéo – Film d’essai – 70 minutes – Sortie en salles le 11 avril 2014 – Canada, Québec.

«3 histoires d'Indiens», Robert Morin bouscule les préjugés