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Les Afghans défient les talibans et votent dans le calme pour la présidentielle

05/04/2014 03:30 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

De Kaboul à Kandahar, les Afghans votaient en nombre samedi malgré les menaces des talibans pour choisir le successeur du président Hamid Karzaï, qui aura la lourde tâche de guider le pays après le départ de l'Otan.

Cette toute première passation de pouvoir d'un président démocratiquement élu à un autre est considérée comme un test majeur pour un pays appelé à prouver sa stabilité une fois que la majorité des forces occidentales l'auront quitté en fin d'année.

A Kaboul comme dans les autres grandes villes du pays, Jalalabad (est), Kandahar (sud) et Hérat (ouest), de longues files d'attente se sont formées devant les bureaux de vote, ouverts depuis 07H00 (02H30 GMT) pour ce premier tour de la présidentielle.

"La participation a été très bonne jusqu'ici, plus forte que ce à quoi nous nous attendions", a annoncé dans l'après-midi Ahmad Yusuf Nuristani, le chef de la Commission électorale indépendante (IEC), sans toutefois fournir de chiffres précis.

Face à cet afflux, l'IEC a reporté d'une heure la fermeture des bureaux de vote, désormais établie à 17H00 (12H30 GMT).

La participation est "forte" malgré "les menaces des talibans", a confirmé Nader Nadery, chef la Fondation pour des élections libres et justes en Afghanistan (FEFA), tout en prévenant qu'il était encore trop tôt pour établir des comparaisons avec la dernière présidentielle, en 2009, marquée par une importante abstention (autour de 70%).

Apparemment forte dans les villes, y compris du côté des femmes, la participation restait plus difficile à évaluer dans les campagnes.

Si une personne a été tuée par une bombe artisanale dans un bureau de vote du Logar, province voisine de Kaboul, selon les autorités, aucun incident majeur n'était signalé autour de ce scrutin que les rebelles talibans avaient pourtant juré de "perturber" par tous les moyens. L'accès aux informations sur la sécurité dans les provinces restait toutefois difficile.

- "Claque au visage des talibans" -

Dès samedi matin à Kaboul des centaines de personnes avaient bravé la pluie pour faire la queue devant les bureaux de vote.

"Je suis venue voter pour quelqu'un qui peut apporter une paix durable au pays. Je veux que mon vote soit une claque au visage des talibans", a déclaré Laila Neyazi, une femme au foyer de 48 ans couverte d'une burqa.

Le chef de l'État Hamid Karzaï a déposé son bulletin dans une école proche du palais présidentiel. Il a appelé les Afghans à se rendre en masse aux urnes "malgré la pluie, le froid et les menaces ennemies".

Huit candidats sont en lice pour succéder à M. Karzaï, seul homme à avoir dirigé ce pays pauvre et enclavé de quelque 28 millions d'habitants depuis la chute des talibans en 2001 et à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Trois de ses anciens ministres se sont clairement imposés comme favoris: Zalmai Rassoul, considéré comme le candidat du président sortant, Ashraf Ghani, un économiste réputé, et Abdullah Abdullah, opposant arrivé en seconde position lors de la présidentielle de 2009. Tous ont voté dans la matinée à Kaboul.

"C'est un jour de fierté pour tous les Afghans", a déclaré M. Ghani, 64 ans. "La participation massive des Afghans envoie un message clair que leur détermination à bâtir un avenir meilleur ne sera pas affectée par les menaces".

Les résultats préliminaires de ce premier tour seront connus le 24 avril, avant un possible deuxième tour le 28 mai.

Face aux menaces des talibans, des centaines de milliers de policiers et soldats afghans ont été mobilisés à travers le pays, notamment à Kaboul, sévèrement quadrillée samedi.

- "Risque pour la transparence du scrutin" -

Les rebelles, artisans d'une violente guérilla depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire dirigée par les Américains, ont mené une série d'attaques sanglantes au cours de la campagne électorale, sans parvenir à la faire dérailler.

Plusieurs de leurs opérations ont néanmoins eu un fort retentissement, comme l'attaque de l'hôtel Serena de Kaboul, qui a fait neuf morts, dont quatre étrangers.

Outre l'insécurité et l'abstention, une autre menace pèse sur ce scrutin: la fraude, massive en 2009. Après les dernières attaques, des missions d'observation électorale étrangères ont décidé de quitter le pays, compliquant de facto le contrôle des fraudes.

Samedi, le chef de la mission d'observation de l'Union européenne en Afghanistan, Thijs Berman, a dénoncé la suspension du service de SMS par les autorités afghanes, un "risque pour la transparence du scrutin" car cette mesure limite les communications entre les observateurs.

Interrogé par l'AFP, l'autorité afghane de régulation des télécoms a soutenu avoir pris cette mesure à la demande de la Commission des plaintes (ECC) à la suite "d'informations indiquant qu'un million de SMS en faveur d'un candidat avaient été envoyés à des électeurs".

"La seule chose qui pourrait nous décevoir, c'est la fraude. Nous ne voulons pas d'une réédition de la dernière élection", prévenait dans la journée, Khodadad, un commerçant kabouli de 52 ans.

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