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Les Afghans aux urnes malgré la crainte d'attentats

05/04/2014 03:40 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

Plus de sept millions d'Afghans auraient voté lors de l'élection présidentielle, samedi. Le taux de participation pourrait dépasser les 50 %, a annoncé la Commission électorale indépendante, à la fermeture des bureaux de vote.

Le taux de participation devrait largement dépasser celui de l'élection de 2009, alors que seulement 4,6 millions d'électeurs avaient voté et permis la réélection d'Hamid Karzaï pour un deuxième mandat. Au pouvoir depuis 2001, la constitution lui interdit d'en briguer un troisième.

Cette affluence inattendue a provoqué une pénurie de bulletins de vote à certains endroits et a conduit la Commission électorale à prolonger l'ouverture des bureaux de scrutin. « Personne ne s'attendait à ce que tant de gens se rendent aux urnes », a dit le gouverneur de la ville de Kandahar.

Forte mobilisation de l'armée

Alors que 13,5 millions d'Afghans étaient éligibles pour voter dans cette élection charnière, plusieurs ont choisi de ne pas voter, craignant des attentats islamistes.

Si de nombreux attentats ont ensanglanté le pays ces dernières semaines, le scrutin s'est déroulé sans incident majeur, à l'exception d'une explosion qui a fait quatre blessés dans la province de Logar, dans le sud-est du pays.

La police de la province de Faryab, dans le Nord, a intercepté un kamikaze qui tentait d'entrer dans un bureau de vote, tandis que dans celle de Ghazni, au Sud-Est, les insurgés ont tiré des roquettes sans faire de victimes.

Plus tôt, le président de la Commission électorale indépendante, Yousaf Nuristani, a appelé « le peuple d'Afghanistan à démontrer aux ennemis de l'Afghanistan que rien ne peut les arrêter ».

Plus de 350 000 militaires avaient été mobilisés pour assurer la sécurité des électeurs. La circulation automobile était interdite dans la plupart des grandes villes. 

À Kandahar, berceau du mouvement taliban, les habitants avaient été invités à rester chez eux même si les bureaux de vote étaient ouverts.

« On essaie de ne pas y penser, mais on est un peu inquiet », a témoigné Amina, une institutrice de 20 ans qui tient un bureau de vote pour femmes. Selon la jeune femme couverte d'un niqab noir qui ne laisse voir que ses yeux, une vingtaine de femmes ont voté pendant les deux premières heures du scrutin.

Plusieurs mois d'attente avant les résultats

Il faudra plusieurs mois - peut-être jusqu'à octobre en cas de second tour - pour connaître le nom du nouveau chef de l'État. Il faudra attendre au moins six semaines avant de connaître le résultat du premier tour. Les bulletins de vote provenant des zones montagneuses difficiles d'accès doivent être rapatriés par 3000 ânes.

Huit candidats étaient en lice. Abdullah Abdullah, l'un des trois favoris est l'ancien ministre des Affaires étrangères, ophtalmologue de formation. Il a été battu par Karzaï en 2009. Il est soutenu par l'ethnie tadjike, très représentée dans le Nord. Ses deux grands rivaux, l'anthropologue Ashraf Ghani Ahmadzaï et Zalmaï Rassoul, ex-chef de la diplomatie lui aussi, se disputent les voix des Pachtounes, l'ethnie majoritaire.

Si aucun candidat n'obtient 50 % des voix, le second tour aura lieu le 28 mai, prolongeant encore de plusieurs semaines l'issue du vote.

Les vaincus pourraient ensuite contester les chiffres, arguant de la violence ou la fraude. On estime que 10 % au moins des bureaux de vote étaient fermés pour raisons de sécurité.

Les trois principaux candidats risquent de contester les résultats. En 2009, près de 30% des bulletins de vote avaient été écartés par crainte de fraude. 

La plupart des observateurs étrangers ont décidé de quitter le pays après l'attaque du 20 mars de l'hôtel Serena, où résidaient la plupart des observateurs étrangers. La mission dépêchée par l'Union européenne est la seule délégation importante restée sur place, compliquant le contrôle des irrégularités. 

Vers un accord avec les États-Unis

Ces délais donneront un peu plus de temps à Kaboul et à Washington pour conclure un pacte de sécurité permettant le maintien d'un contingent de 10 000 soldats américains en Afghanistan après 2014, après le départ des dernières troupes de l'OTAN - essentiellement américaines - aujourd'hui fortes de 23 500 hommes. Hamid Karzaï s'oppose à ce pacte, mais les trois candidats principaux à sa succession se sont engagés à le signer.

Sans cet accord, les forces afghanes devront elles-mêmes combattre les talibans.

« Le gouvernement ne serait pas capable de se mobiliser efficacement pour contrer l'insurrection », prédit Franz-Michael Mellbin, le représentant spécial de l'Union européenne en Afghanistan.

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