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Gaz russe: Kiev refuse l'augmentation, spectre d'une "guerre du gaz"

05/04/2014 10:23 EDT | Actualisé 05/06/2014 05:12 EDT

L'Ukraine a rejeté samedi la hausse de 80% du prix du gaz imposée par son grand voisin russe, relançant le spectre d'une "guerre du gaz" qui affecterait toute l'Europe.

Les Européens, Angela Merkel en tête, ont lancé de nouveaux avertissements à Moscou, menacé d'un deuxième train de sanctions, économiques cette fois, en cas de nouvelle atteinte à "l'intégrité de l'Ukraine".

"La Russie a échoué à s'emparer de l'Ukraine par l'agression armée. Elle lance maintenant le plan pour s'emparer de l'Ukraine par l'agression gazière et économique", a tonné le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, en conseil des ministres.

"La pression politique est inacceptable. Et nous n'acceptons pas le prix de 500 dollars", a-t-il poursuivi.

Moscou a annulé cette semaine coup sur coup deux ristournes à l'Ukraine sur ses livraisons gazières, dont Kiev est très dépendant. En 72 heures le prix est passé de 268 à 485 dollars les 1.000 mètres cube, un des plus élevés en Europe.

Les voisins ex-soviétiques sont en pleine crise depuis le renversement du régime pro-russe de Viktor Ianoukovitch par des manifestants pro-européens fin février.

La Russie s'est emparée en mars de la péninsule ukrainienne de Crimée, après un référendum que Kiev et les Occidentaux ne reconnaissent pas, parlant d'"annexion", et a massé jusqu'à 40.000 soldats aux frontières de l'Ukraine, la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide.

M. Iatseniouk a agité le spectre d'une nouvelle "guerre du gaz" pouvant mettre en danger les approvisionnements européens, disant s'attendre "à ce que la Russie restreigne ou stoppe les livraisons" à l'Ukraine.

Un cri d'alarme au moment même où les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne achevaient à Athènes une réunion consacrée en grande partie à la crise ukrainienne.

Moscou a déjà coupé le robinet de l'Ukraine lors de conflits bilatéraux, et par là même le flux d'exportation vers l'Europe.

Gazprom, le géant gazier russe souvent accusé d'être un bras armé du Kremlin, fournit environ le tiers des approvisionnements de l'UE, qui affirme régulièrement son intention de réduire cette dépendance. Et près de 40% de ce gaz transite via l'Ukraine.

Le ministre ukrainien de l'Energie, Iouri Prodan, a promis samedi que son pays assurerait ce transit quoi qu'il arrive. Et il a menacé de saisir une cour d'arbitrage, comme prévu par les contrats, faute d'accord avec Gazprom.

-'Sanctions économiques'-

Les Européens ont a nouveau assuré Kiev samedi de leur soutien.

"Si la main était de nouveau portée sur l'intégrité territoriale de l'Ukraine, nous devrions procéder à des sanctions économiques", a averti la chancelière allemande, tout en plaidant pour la poursuite du dialogue.

A Athènes, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a de nouveau appelé Moscou à "la désescalade". Elle aussi a évoqué de possibles "nouvelles sanctions".

Les Européens ont aussi mis en garde Moscou sur le risque d'effondrement de l'Ukraine, alors que la Banque mondiale vient de réviser ses projections pour le pays, prévoyant une récession de 3% en 2014 suite notamment à l'augmentation-sanction russe.

L'agence Moody's a encore abaissé vendredi soir la note de solvabilité de Kiev, dans la catégorie spéculative.

Vendredi, le vice-président américain Joe Biden a dénoncé l'utilisation de l'énergie comme "arme politique", promettant à Kiev le soutien américain.

Mais le président de Gazprom, Alexeï Miller, a accentué la pression, affirmant samedi que l'Ukraine devrait rembourser 11,4 milliards de dollars, correspondant aux quatre années de rabais annulées.

M. Iatseniouk a lui évoqué la possibilité de négociations, notamment mardi à Bruxelles, avec des partenaires européens - Slovaquie, Pologne, Hongrie - pour qu'ils rétrocèdent à l'Ukraine une partie du gaz qu'ils reçoivent à des prix inférieurs à ceux désormais facturés à Kiev.

Mais le patron de Gazprom a par avance averti les pays tentés de faire "très très attention à la légalité" d'une telle décision.

Sur le plan politique, la Russie a reconnu qu'un haut responsable de ses services secrets (FSB) se trouvait à Kiev au moment des fusillades dans lesquels près de 90 manifestants ont péri fin février. Mais uniquement pour s'occuper de la sécurité de l'ambassade russe, a assuré le FSB, alors que les nouvelles autorités ukrainiennes ont accusé Moscou d'être impliqué dans les tueries.

Enfin, toujours soucieuse de peser dans son ex "pré-carré", la Russie a enjoint à la Lettonie - il est vrai épinglée par l'ONU sur ce point - d'améliorer "sans délai" le sort des russophones de cette république balte.

os-so/ml

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