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Défiant les talibans, les Afghans ont voté en nombre pour tourner la page Karzaï (VIDÉO)

05/04/2014 11:45 EDT | Actualisé 05/04/2014 11:45 EDT

De Kaboul à Kandahar, les Afghans ont voté samedi en nombre et sans incident majeur, malgré les menaces d'attaques des rebelles talibans, pour désigner le successeur du président Hamid Karzaï à quelques mois du retrait de l'Otan.

Cette toute première passation de pouvoir d'un président afghan démocratiquement élu à un autre est considérée comme un test majeur pour un pays appelé à prouver sa stabilité une fois que les forces de la coalition l'auront quitté en fin d'année.

Les quelque 6.000 bureaux de vote disséminés à travers le pays ont commencé à fermer à 17H00 (12H30 GMT), a annoncé la Commission électorale indépendante (IEC), chargée d'organiser le scrutin et de veiller à son bon déroulement.

Certains bureaux restaient toutefois ouverts le temps que les électeurs présents dans les files d'attente puissent voter.

Les résultats préliminaires de ce premier tour seront connus le 24 avril, avant un possible deuxième tour le 28 mai.

A Kaboul comme dans les autres grandes villes du pays, Jalalabad (est), Kandahar (sud) et Hérat (ouest), les Afghans se sont déplacés en nombre pour déposer leurs bulletins dans l'urne, contribuant peut-être à écarter l'une des principales menaces qui pesait sur ce scrutin: l'abstention.

"La participation a été, fort heureusement, incroyablement importante", a affirmé Ziaulhaq Amarkhil, un responsable de l'IEC, sans toutefois fournir de chiffres précis.

"Un grand nombre de personnes, hommes et femmes, ont pris part au scrutin. C'est une très grande réussite pour l'Afghanistan et la démocratie", a-t-il ajouté, alors que la précédente présidentielle, en 2009, avait été minée par l'abstention (70%).

Apparemment forte dans les villes, y compris du côté des femmes, très présentes, la participation restait plus difficile à évaluer dans les campagnes.

L'élection semblait en fin d'après-midi avoir été épargnée par le déchaînement de violences promis par les insurgés talibans, même si plusieurs incidents ont été recensés, dont l'explosion d'une bombe artisanale qui a tué une personne dans un bureau de vote du Logar (centre), et des tirs de roquettes ayant fait quatre blessés dans le nord, selon les autorités.

L'accès aux informations sur la sécurité dans les provinces restait toutefois difficile.

- "Claque au visage des talibans" -

Dès samedi matin à Kaboul des centaines de personnes avaient bravé la pluie pour faire la queue devant les bureaux de vote.

"Je suis venue voter pour quelqu'un qui peut apporter une paix durable au pays. Je veux que mon vote soit une claque au visage des talibans", a déclaré Laila Neyazi, une femme au foyer de 48 ans couverte d'une burqa.

Le chef de l'État Hamid Karzaï a lui-même voté dans une école proche du palais présidentiel, appelant les Afghans à se rendre en masse aux urnes "malgré la pluie, le froid et les menaces ennemies".

Huit candidats étaient en lice pour succéder à M. Karzaï, seul homme à avoir dirigé ce pays pauvre et enclavé de quelque 28 millions d'habitants depuis la chute des talibans en 2001 et à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Trois de ses anciens ministres se sont clairement imposés comme favoris: Zalmai Rassoul, considéré comme le candidat du président sortant, Ashraf Ghani, un économiste réputé, et Abdullah Abdullah, opposant arrivé en seconde position lors de la présidentielle de 2009. Tous ont voté dans la matinée à Kaboul.

"C'est un jour de fierté pour tous les Afghans", a déclaré M. Ghani, 64 ans. "La participation massive des Afghans envoie un message clair que leur détermination à bâtir un avenir meilleur ne sera pas affectée par les menaces".

Face aux menaces des talibans, des centaines de milliers de policiers et soldats afghans avaient été mobilisés à travers le pays, notamment à Kaboul, sévèrement quadrillée samedi.

- "Risque pour la transparence du scrutin" -

Les rebelles, artisans d'une violente guérilla depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire dirigée par les Américains, avaient mené une série d'attaques sanglantes au cours de la campagne électorale, sans parvenir à la faire dérailler.

Plusieurs de leurs opérations ont néanmoins eu un fort retentissement, comme l'attaque de l'hôtel Serena de Kaboul, qui a fait neuf morts, dont quatre étrangers.

Outre l'insécurité et l'abstention, un autre péril menace ce scrutin: la fraude, massive en 2009. Après les dernières attaques, des missions d'observation électorale étrangères ont décidé de quitter le pays, compliquant de facto le contrôle des irrégularités.

Samedi, le chef de la mission d'observation de l'Union européenne en Afghanistan, Thijs Berman, a dénoncé la suspension du service de SMS par les autorités afghanes, un "risque pour la transparence du scrutin" car cette mesure limite les communications entre les observateurs.

L'autorité afghane de régulation des télécoms a expliqué qu'elle avait ainsi voulu couper court à des tentatives d'envoi massif de SMS en faveur de candidats.

"La seule chose qui pourrait nous décevoir, c'est la fraude. Nous ne voulons pas d'une réédition de la dernière élection", prévenait dans la journée, Khodadad, un commerçant kabouli de 52 ans.

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