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Burundi: le n°1 d'une ONG anti-corruption aurait trempé dans l'assassinat de son adjoint (procureur)

05/04/2014 06:03 EDT | Actualisé 05/06/2014 05:12 EDT

Le président de l'Observatoire de lutte contre la corruption (Olucome) aurait trempé dans l'assassinat du numéro 2 de son organisation il y a cinq ans, selon le procureur général du Burundi, faisant état d'"éléments de preuve à charge".

"Le ministère public est en train d'exploiter certains éléments de preuve à charge de certaines personnes, dont le président de l'Olucome qui, lui aussi, est cité parmi ceux qui sont mêlés (...) à l'assassinat" du numéro 2, Ernest Manirumva, a déclaré Valentin Bagorikunda, aux journalistes tard vendredi.

Le président de l'Olucome, Gabriel Rufyiri, "a été convoqué, (...), nous avons reçu des informations que nous sommes entrain d'exploiter. Nous pensons que la vérité va éclater au grand jour", a-t-il poursuivi.

"Quand l'enquête sera clôturée, les gens sauront pourquoi et quel est l'intérêt du président de l'Olucome dans cette affaire", a insisté le procureur burundais.

Il a lancé ces accusations alors qu'un collectif de la société civile ,"Justice pour Ernest Manirumva", a lancé une semaine d'action contre l'impunité dans cette affaire, en dénonçant notamment l'arrestation puis la condamnation de "boucs émissaires".

"Le ministère public déplore l'attitude de certaines organisations de la société civile, y compris le responsable de l'Olucome, à vouloir désorienter la justice en désignant eux-mêmes les coupables", a déploré le procureur.

En mai 2012, le Tribunal de grande instance de Bujumbura avait condamné huit Burundais à perpétuité pour cet assassinat. Des militants des droits de l'Homme avaient dénoncé ce verdit, estimant que les condamnés avaient payé pour les commanditaires. Six autres personnes, dont trois policiers, avaient été condamnées à des peines de 10 et 20 ans de prison, pour complicité d'assassinat et non assistance à personne en danger.

"C'est une nouvelle manière d'intimider le président de l'Olucome, mais (...) nous allons continuer le combat jusqu'à ce que les vrais coupables paient ce crime odieux", a réagi l'un des leaders de la campagne "Justice pour Ernest Manirumva", Pacifique Nininahazwe, auprès de l'AFP.

La société civile a appelé la justice à ordonner un complément d'enquête sur les recommandations du FBI (bureau fédéral d'enquête) américain, associé aux investigations, qui avait demandé de prélever l'ADN de plusieurs hauts responsables des services de sécurité du Burundi pour les comparer à des échantillons prélevés sur la scène du crime. La justice burundaise a refusé jusqu'ici de les entendre.

Selon la société civile, M. Manirumva a été assassiné alors qu'il enquêtait sur un trafic d'armes impliquant de hauts gradés de la police.

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