DIVERTISSEMENT

«BD QC» à ICI ARTV : la bande dessinée s'amène au petit écran

05/04/2014 03:34 EDT | Actualisé 05/04/2014 03:36 EDT
Courtoisie

La bande dessinée a rarement trouvé son chemin jusqu’au petit écran. Au Québec, on avait traité du sujet dans des émissions comme Les amis du Capitaine Kébec (1975), Le 9e art (1983-1985) et BD Cités, à Canal Évasion (2005-2007), mais aucun concept ne s’était jusqu’à maintenant consacré exclusivement aux bédéistes d’ici et à leur parcours. C’est donc un créneau très peu exploité que comblera ICI ARTV à compter de ce dimanche, à 19h, avec son nouveau rendez-vous, la série documentaire BD QC, que la comédienne Sophie Cadieux anime.

La formule est ludique, amusante et accessible, et accrochera même les plus néophytes en la matière par sa simplicité. Dans chacun des 10 épisodes de 30 minutes, on rencontre un artiste de bande dessinée qui a fait sa marque dans le domaine : Michel Rabagliati (Paul), Guy Delisle (Chroniques de Jérusalem), Jean-Paul Eid (Les aventures de Jérôme Bigras), Zviane (L’ostie d’chat, La plus jolie fin du monde), Jimmy Beaulieu (Résine de synthèse, Quelques pelures, Le moral des troupes, Ma voisine en maillot), Julie Rocheleau (La colère de Fantômas, La fille invisible), Leif Tande (L’origine de la vie, Le canard et le loup, Danger public), Thierry Labrosse (AB Irato, Moréa, Bug Hunters) et les tandems Pierre Fournier et Réal Godbout (Michel Risque, Red Ketchup) et Delaf et Dubuc (Les Nombrils).

Sophie Cadieux mène les entrevues avec ses invités en s’introduisant littéralement dans les cases de leurs œuvres. On voit donc la jeune femme se balader dans les villes noires et blanches des albums Paul, de Michel Rabagliati, ou se glisser dans les décors colorés des Nombrils, de Delaf et Dubuc. On ne peut réprimer un sourire en contemplant le résultat de ces animations.

Tout au long des conversations, on jase du processus créatif de ces auteurs et illustrateurs, qui exposent leurs inspirations, leurs idées, leurs personnages, leur démarche. On s’infiltre dans leur atelier, on les regarde travailler. D’autres intervenants jettent un regard extérieur sur l’apport de chacun d’eux à l’industrie du 9e art; parmi les témoignages, on relève ceux de Gabriel Tremblay-Gaudette (doctorant de l’UQÀM), François Mayeux (libraire chez Planète BD), Fabien Deglise (journaliste au Devoir), Frédéric Gauthier (éditeur à la maison La Pastèque), Jean-Dominic Leduc (chroniqueur de bande dessinée au Journal de Montréal) et Martin Dubé (libraire chez Port-de-Tête). L’ensemble est instructif, mais le ton demeure léger, et les demi-heures défilent en un clin d’œil.

Qualité visuelle

Visuellement, BD QC est splendide, et on doit à tout prix lever notre chapeau au réalisateur, Denis Blaquière, qui a aussi eu l’idée originale de la série avec Carmen Giroux. La majorité des tournages ont été concrétisés devant écran vert, pour pouvoir ensuite ajouter les êtres humains dans les dessins, et il fallait beaucoup de vision et d’imagination pour arriver à marier ainsi la réalité et l’univers fictif des bédéistes. Le défi s’appliquait aussi pour Sophie Cadieux et ses interviewés, qui devaient jouer dans un cadre abstrait, dépourvu de repères concrets.

«Pour nous, tout était scénarisé, parce que les planches étaient décidées avant qu’on commence à tourner, a expliqué l’actrice. En postproduction, on savait qu’une auto passerait ici, qu’il y aurait un trou là… On avait des marques par terre pour nos déplacements. Il fallait jouer des émotions en n’ayant rien autour de nous; par exemple, avoir peur d’un météorite qu’on ne voyait pas. Pour moi, c’était à mi-chemin entre le jeu et l’animation. Je suis très contente du résultat. La beauté du dessin est mise en avant à chaque épisode, et on va dans tous les styles; parfois, c’est de la grande aventure et, d’autres fois, c’est plus intimiste», a encore fait valoir celle qui avait aussi piloté Vive les mariés à ARTV au milieu des années 2000, et qui s’est initiée à la bande dessinée au début de la vingtaine en fréquentant la petite librairie montréalaise Fichtre!, aujourd’hui fermée. Le tournage de BD QC s’est échelonné sur une dizaine de mois en raison du caractère complexe de la production et de la disponibilité des bédéistes participants, dont plusieurs ont un horaire très chargé.

Ce dimanche, BD QC s’arrêtera sur le succès de Michel Rabagliati (que certains surnomment «le Michel Tremblay de la bande dessinée») et sa saga Paul, dont les péripéties ont été écoulées à plus de 250 000 exemplaires et traduites notamment en croate, en néerlandais et en allemand. Un triomphe qui reflète l’opinion de Jean-Paul Eid, qui a affirmé au visionnement de presse de BD QC que la bande dessinée québécoise connait présentement des années de gloire en rayonnant internationalement. «On découvre chaque année de nouveaux auteurs. L’industrie est en santé, en ce moment», a souligné Eid.

BD QC, une production de Carmen Garcia d’Argus Films, sera sous les projecteurs d’ICI ARTV le dimanche, à 19h, dès le 6 avril. On consulte le www.ici.artv.ca/bdqc pour en savoir plus. Une exposition intitulée BD QC est aussi en cours actuellement à l’ARTVstudio de la Place des Arts.

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