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Une journaliste canadienne blessée et une photographe tuée en Afghanistan

04/04/2014 06:38 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

KABOUL - Une photographe de l'Associated Press a été tuée et une journaliste canadienne de la même agence a été blessée, vendredi, dans l'est de l'Afghanistan, lorsqu'un commandant de la police afghane a fait feu en leur direction.

La journaliste canadienne Kathy Gannon, âgée de 60 ans, originaire de Timmins, en Ontario, a été atteinte de trois balles dans les poignets et à l'épaule. Elle a été opérée sur place par du personnel médical avant d'être transportée par avion à Kaboul, où elle est dans un état stable.

Elle a été durant de nombreuses années chef de bureau de l'agence AP en Afghanistan; elle est présentement correspondante spéciale pour l'agence dans toute la région.

Considérée comme la doyenne des correspondants étrangers en Afghanistan, Mme Gannon est connue pour sa connaissance encyclopédique du pays, et de sa quête intrépide pour la vérité. «Les articles de Kathy Gannon sur l'Afghanistan m'ont aidée à me forger une bonne idée de ce pays», a raconté vendredi la journaliste de La Presse Canadienne Stephanie Levitz, qui a été elle aussi correspondante dans ce pays.

La photographe allemande Anja Niedringhaus, âgée de 48 ans, a pour sa part longtemps couvert des zones de conflit, des Balkans dans les années 1990 à l'Irak en passant par la Libye et l'Afghanistan. Elle faisait partie d'une équipe de photographes de l'AP qui a mérité un prix Pullitzer en 2005 pour la couverture de la guerre en Irak. Elle a également gagné le prix du courage journalistique d'un regroupement de femmes du secteur médiatique. Elle est morte sur le coup.

Les deux journalistes travaillaient souvent ensemble en Afghanistan, depuis l'invasion américaine en 2001; elles y ont couvert les zones les plus dangereuses de la révolte talibane. Elles avaient l'habitude de rapporter les impacts de la guerre sur les civils, et ont souvent pu suivre de l'intérieur les opérations de l'armée et de la police afghanes, témoignant de leur détermination malgré qu'elles fussent mal équipées.

Mme Gannon a également des contacts dans les hauts rangs des talibans. C'est une des rares journalistes occidentales à avoir été admises au pays sous le régime taliban dans les années 1990.

L'attentat, perpétré à la veille d'élections nationales en Afghanistan, est particulièrement inquiétant puisqu'il est le premier à provenir des rangs mêmes des forces de sécurité.

Les insurgés talibans ont promis d'entraver le déroulement des élections de samedi, qui doivent mener à l'élection d'un nouveau président et de conseils provinciaux. Leurs attaques contre des civils se sont intensifiées au cours des dernières semaines et ont notamment tué deux journalistes — un Suédois et un Afghan — de l'Agence France-Presse.

Mmes Gannon et Niedringhaus faisaient partie d'un convoi transportant, dans la province de Khost, des travailleurs électoraux livrant les bulletins de vote sous la protection de l'armée nationale et de la police afghanes quand le tireur a fait feu. Elles étaient accompagnées par un traducteur et un journaliste pigiste pour les nouvelles télévisées de l'AP.

Arrivé près d'un complexe hautement surveillé, le convoi attendait de pouvoir repartir, a rapporté le pigiste.

Un commandant d'unité a marché jusqu'au véhicule et a fait feu avec son arme AK- 47 en criant «Allahu Akbar» («Allah est grand»). Il s'est ensuite rendu à la police et a été arrêté.

Le chef de la police provinciale de Khost a rapporté que l'assaillant, qui aurait 25 ans, a confié que son geste visait à venger les membres de sa famille morts dans un bombardement de l'OTAN. Il aurait aussi raconté avoir décidé d'agir lorsqu'il a vu les journalistes. Il aurait alors demandé l'arme à un de ses subordonnés.

Ces informations n'ont toutefois pu être vérifiées et les autorités ont affirmé qu'ils enquêtaient toujours sur le suspect.

Selon le président de l'AP, Gary Pruitt, Anja Niedringhaus est la 32e employée à perdre la vie en fonction depuis la fondation de l'agence en 1846. Les dirigeants de l'AP ont exprimé leur tristesse face à la mort de la photographe.

Le président afghan Hamid Karzaï a aussi exprimé sa tristesse face aux événements. «Ces deux journalistes de l'AP s'étaient rendues dans la province de Khost pour préparer des reportages sur les élections présidentielles et provinciales», a-t-il déclaré, ajoutant qu'il avait demandé au ministre de l'Intérieur et au gouverneur de Khost d'offrir toute l'aide nécessaire à l'Associated Press.

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