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Turquie: Erdogan relance sa guerre contre les réseaux sociaux

04/04/2014 05:04 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT
OZAN KOSE via Getty Images
A picture representing a mugshot of the twitter bird is seen on a smart phone with a Turkish flag on March 26, 2014 in Istanbul. A Turkish court on Wednesday overturned the government's controversial Twitter ban imposed after audio recordings spread via the social media site implicated Prime Minister Recep Tayyip Erdogan in a corruption scandal. AFP PHOTO / OZAN KOSE (Photo credit should read OZAN KOSE/AFP/Getty Images)

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a relancé vendredi la polémique sur sa décision très critiquée de bloquer les réseaux sociaux, en dénonçant la décision de justice qui a contraint son gouvernement à lever l'interdiction de Twitter.

Moins de vingt-quatre heures après le rétablissement de l'accès au réseau de microblogging en Turquie, M. Erdogan a publiquement critiqué l'arrêt rendu mercredi par la Cour constitutionnelle, qu'il a jugé contraire aux "valeurs nationales".

"Nous devons bien sûr appliquer le jugement de la Cour constitutionnelle mais je ne le respecte pas. Je ne respecte pas ce jugement", a-t-il déclaré devant la presse avant de prendre l'avion pour une visite en Azerbaïdjan.

Saisie par deux professeurs d'université et un avocat, la plus haute instance judiciaire turque avait jugé mercredi illégale l'interdiction du réseau Twitter, estimant qu'elle violait la liberté d'expression, et ordonné sa suspension immédiate.

Dans la foulée de cette décision, un tribunal d'Ankara a ordonné vendredi la levée d'une autre interdiction, imposée il y a huit jours à YouTube.

En dépit de ce jugement, susceptible d'appel, la plateforme d'échanges de vidéos restait toujours inaccessible vendredi en Turquie.

Visé depuis des mois par de graves accusations de corruption, le premier ministre a déclaré la guerre aux réseaux sociaux en ordonnant le blocage successif de Twitter le 20 mars et de YouTube le 27 mars pour enrayer la diffusion quotidienne sur internet de compte-rendus d'écoutes téléphoniques ou de réunions le mettant en cause.

La plus compromettante, qui a justifié l'interdiction de YouTube, concernait une réunion de sécurité confidentielle dans laquelle quatre hauts responsables turcs, dont le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu et le chef des services de renseignement (MIT) Hakan Fidan, évoquaient une intervention militaire en Syrie.

Prises à la veille des élections municipales du 30 mars, ces décisions ont suscité une avalanche de critiques, aussi bien en Turquie qu'à l'étranger, qui ont dénoncé la dérive autoritaire du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002.

- Cap sur la présidentielle -

Grand vainqueur du scrutin de dimanche, M. Erdogan a balayé ces critiques d'un revers de main vendredi en portant à nouveau le fer contre les réseaux sociaux.

"Nos valeurs nationale, morales, ont été bafouées. Tout, y compris les insultes visant un premier ministre et des ministres étaient pourtant évidentes", a-t-il déploré, estimant que la Cour constitutionnelle aurait dû rejeter la requête des plaignants.

"Cela n'a rien à voir avec les libertés", a plaidé M. Erdogan. Twitter, YouTube et Facebook sont des "entreprises commerciales qui vendent un produit (...) c'est le droit de chacun d'acheter ou non leurs produits", a-t-il ajouté.

Conforté par la large victoire électorale de son parti dimanche, M. Erdogan, qui dirige le pays depuis 2003, envisage sérieusement de succéder à M. Gül en se présentant en août à l'élection présidentielle, pour la première fois au suffrage universel direct.

Le premier ministre a donné un nouveau signe de ses intentions vendredi, en se déclarant opposé à tout changement de la règle de son parti qui lui imposera de quitter la tête du gouvernement à l'issue des législatives de 2015.

"Je suis en faveur de la règle des trois mandats maximum", a-t-il dit vendredi.

M. Erdogan a toutefois estimé qu'il était "trop tôt" pour annoncer une décision, et précisé qu'il allait d'abord en discuter avec l'actuel président Abdullah Gül.

Présenté comme un modéré, M. Gül n'hésite plus depuis des mois à manifester publiquement ses différences et à se distancer des positions intransigeantes du premier ministre, au point d'être présenté comme son potentiel rival.

A l'inverse de M. Erdogan, le chef de l'Etat s'est ainsi réjoui ouvertement de la levée de l'interdiction de Twitter.

"La décision unanime de la Cour constitutionnelle est très importante", s'est réjoui M. Gül devant des journalistes turcs lors d'une visite au Koweït. "Cette décision a finalement conforté l'Etat de droit dans le pays (...) elle est fondée sur le droit universel", a insisté le chef de l'Etat, cité par la presse turque, "j'en suis fier".

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