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RDC: Henri et Julien, rebelles hutu, veulent rentrer chez eux au Rwanda

04/04/2014 02:49 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

L'un a été enrôlé de force à 7 ans, l'autre s'est engagé comme volontaire: après des années d'exil et de lutte dans l'est de la République démocratique du Congo, ces deux combattants de la rébellion hutu rwandaise ont choisi de déposer les armes et de rentrer au Rwanda.

Henri, 22 ans, et Julien, 32 ans, ont combattu dans les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe hutu issu des ex-Forces armées rwandaises (FAR) et des milices extrémistes Interahamwe acteurs du génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda.

Yeux en amande et fine moustache, Henri (les prénoms ont été changés) est arrivé en 1994 avec ses parents au Nord-Kivu, où s'étaient réfugiés des centaines de milliers de Hutus fuyant dans leur pays l'avancée du Front patriotique rwandais (FPR), qui allait mettre fin au génocide des Tutsi (au moins 800.000 morts, selon l'ONU).

Parmi les réfugiés: des génocidaires dont l'objectif reste d'exterminer les Tutsi. Ils fondent l'Armée pour la libération du Rwanda (Alir), qui multiplie les incursions meurtrières de l'autre côté de la frontière. En 1996, le conflit prend un nouveau tour. Le Rwanda entre au Congo (alors le Zaïre) et soutient les rebelles de Laurent-Désiré Kabila, qui renverse le dictateur Mobutu Sese Seko l'année suivante.

En 1998, quand éclate la deuxième guerre du Congo, les alliances ont été renversées, et Kabila mobilise l'Alir contre son ancien allié rwandais. En 2000, l'Alir change de nom pour devenir les FDLR.

Henri s'est battu dans leur principale branche, les Foca (Forces combattantes Abacunguzi), réparties sur le Nord et le Sud-Kivu. Elles compteraient encore entre 1.000 et 1.500 combattants, dont de nombreux Congolais, et sont régulièrement accusées de graves exactions en RDC.

Le commandant suprême des FDLR-Foca, Sylvestre Mudacumara, est visé depuis 2012 par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes de guerre commis en 2009 et 2010 dans l'Est de la RDC.

-'C'est votre enfant, prenez le!'-

Natif de Bigogwe, dans l'ouest du Rwanda, Henri raconte que tout a commencé après la mort de ses parents, tués par une milice d'autodéfense congolaise.

"Une grand-mère congolaise qui nous hébergeait m'a gardé, scolarisé... Mais les FDLR me réclamaient (...) Un jour, fatiguée des menaces, elle leur a dit: +Après tout, c'est votre enfant, prenez-le!+. Un commandant m'a pris avec lui dans la forêt. J'avais sept ans."

La première année, il devait chercher de l'eau et de la nourriture. "Ensuite, on m'a donné une petite kalachnikov. (...) On m'a expliqué que les FDLR étaient là pour le retour au pouvoir des Hutus au Rwanda, et que si nous osions rentrer au Rwanda, on allait tous nous tuer."

Rencontré comme Henri dans les locaux de l'ONU à Goma, la capitale du Nord-Kivu, Julien, originaire de Ruhengeri (nord-ouest du Rwanda), est arrivé seul en 1999, après l'assassinat de son père au Rwanda "par les autorités de l'époque".

Il a combattu dans les Foca de 2000 à 2005 "pour sauver (sa vie" face aux incursions de soldats rwandais. Puis, il a rejoint le RUD (Ralliement pour l'unité et la démocratie), une des trois branches dissidentes des FDLR.

"Les Foca ne voulaient pas attaquer Kigali, mais les RUD étaient prêts à le faire", justifie avec verve l'homme aux yeux marrons clairs.

Fin décembre, les Foca ont annoncé une nouvelle fois qu'elles déposaient les armes mais que ses hommes ne se rendraient qu'après le début de négociations avec Kigali. Improbable: le Rwanda du président Paul Kagame refuse de dialoguer avec les FDLR.

De fait, bien que l'armée et la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) disent s'apprêter à les "neutraliser", les rebelles se rendent au compte-gouttes. Reste que le discours du noyau dur semble changer.

"Avant, les génocidaires voulaient renverser Kagame. Maintenant ils disent [à leurs troupes] : que ceux qui veulent rentrer au Rwanda rentrent", dit Henri.

Cependant, quand il a tenté de fuir en décembre et en janvier, ses supérieurs l'ont châtié. "La première fois, ils m'ont emprisonné et la deuxième fois, ils m'ont fouetté, dit-il en montrant des cicatrices sur son bras droit. Cette fois-là, je me suis dit que ça devait finir."

Autre motivation pour son retour : "La vie était devenue très dure, il fallait marcher loin dans la forêt, pendant deux jours, pour tomber sur un village où trouver à manger".

De l'autre côté de la frontière, après un passage au camp de démobilisation de Mutobo (Nord du Rwanda), un petit pécule et la promesse d'une formation attend les anciens rebelles pour les aider à s'installer au Rwanda. Ils ont également des assurances de ne pas être poursuivis, sauf s'ils ont participé au génocide.

Pour Henri, pas question de se recycler dans l'armée rwandaise, il se voit plutôt "cultiver un champ". Julien rejette aussi l'idée d'une carrière militaire. "Je suis fatigué de l'armée! Je veux rejoindre la vie civile."

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