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L'UE créera un tribunal spécial pour les rebelles albanais kosovars

04/04/2014 09:15 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

BRUXELLES - L'Union européenne a l'intention de mettre sur pied un tribunal international qui s'intéressera exclusivement aux crimes possiblement commis par les rebelles ethniques albanais du Kosovo pendant leur guerre avec la Serbie en 1998-1999, selon ce qu'a appris l'Associated Press.

Les rebelles avaient pu compter sur l'aide de l'OTAN pendant ce conflit et l'Occident avait fortement appuyé l'indépendance du Kosovo. La communauté internationale fait de plus en plus pression sur les Albanais ethniques pour qu'ils prennent la responsabilité de leurs actes pendant la guerre, y compris de possibles récoltes d'organes.

L'indépendance du Kosovo a été proclamée en 2008 et reconnue par plus d'une centaine de pays, mais non par la Serbie et la Russie.

Les travaux du nouveau tribunal devraient débuter d'ici à l'an prochain, a indiqué un dirigeant européen à l'Associated Press, avant de préciser que le fonctionnement exact du tribunal fait toujours l'objet de discussions avec le Kosovo.

Le siège officiel du tribunal sera installé au Kosovo mais la majorité des audiences auront lieu aux Pays-Bas.

Les témoins et leurs familles ont fréquemment été intimidés lors des poursuites intentées jusqu'à présent contre les rebelles ethniques albanais — autant au Kosovo que devant le tribunal des crimes de guerre de l'ONU à La Haye. Les anciens rebelles sont perçus par les Kosovars comme des héros qui ont combattu pour la liberté face à la Serbie.

Environ 10 000 personnes ont perdu la vie pendant le conflit et quelque 1700 sont portées disparues.

Le nouveau tribunal, qui sera créé et financé par l'UE, se penchera notamment sur des allégations de récoltes d'organes par les rebelles de la défunte Armée de libération du Kosovo et sur la disparition de quelque 400 personnes. Une enquête menée depuis deux ans par un procureur américain, et dont la fin est prévue en juin, jettera les bases des accusations.

«Nous demandons un tribunal composé uniquement (de juges) internationaux et d'un comité d'appels composé uniquement (de juges) internationaux, a indiqué le dirigeant européen sous le couvert de l'anonymat. La procédure doit avoir lieu et se dérouler à l'étranger. C'est la seule façon d'être crédible.»

Le Kosovo doit encore donner son accord au tribunal de 170 millions d'euros. Un responsable kosovar s'est dit sceptique de la réaction que réserveront les parlementaires de son pays au projet, tout en admettant que les alternatives sont pires.

Le procureur adjoint serbe pour les crimes de guerre, Bruno Vekaric, a déclaré à l'Associated Press que «la création du tribunal encouragerait les victimes et leurs familles».

«C'est important pour la justice et la réconciliation dans la région», a-t-il dit.

Pour sa part, Fred Abrahams, un conseiller spécial de Human Rights Watch qui a enquêté sur les atteintes aux droits de la personne au Kosovo. a déclaré que le tribunal pourrait permettre d'élucider le sort de centaines de disparus.

«Le trafic d'organes nous distrait de la question cruciale, a-t-il dit. La question cruciale est celle de plus de 400 personnes, surtout des Serbes, disparues depuis la guerre.»

La création du tribunal a toutefois été accueillie avec colère par les anciens rebelles, dont plusieurs occupent aujourd'hui des postes influents au Kosovo.

«C'est absurde, c'est illogique, a dit le directeur de l'association des anciens combattants de l'Armée de libération du Kosovo, Muharrem Xhemajli. Notre guerre qui a été appuyée par la communauté internationale, les États-Unis et tous les peuples épris de liberté est aujourd'hui traînée devant la justice.»

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