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L'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest est "grave" et "inquiétante" (spécialiste)

04/04/2014 12:27 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

L'épidémie de fièvre Ebola en Afrique de l'Ouest est "grave" et "inquiétante" car c'est la première fois que ce virus très dangereux pour l'homme "émerge" dans cette zone peuplée du continent africain, explique à l'AFP le spécialiste Sylvain Baize.

Le Dr Baize dirige le Centre de référence des fièvres hémorragiques virales, basé à Lyon (France), qui a été le premier à poser le diagnostic de l'épidémie en cours en Guinée. Des cas avérés, probables ou suspects de fièvres Ebola ont été signalés dans les pays voisins (Liberia, Sierra Leone et Mali).

Q: Cette épidémie est-elle grave, inquiétante ?

R: "Elle est grave parce qu'elle n'est pas encore sous contrôle a priori et parce qu'il y a une grande dispersion des patients. On a des cas dans la capitale (Conakry) (...) et dans des zones reculées (...). Elle est inquiétante parce que c'est la première émergence du virus Ebola en Afrique de l'Ouest en terme d'épidémie humaine et parce qu'avant, la circulation du virus était limitée à l'Afrique centrale. Sa présence dans cette région (densément peuplée) augmente le nombre de personnes à risque".

Q: Quels sont les risques de voir ce virus passer des frontières ?

R: "Ce virus a déjà passé des frontières puisqu'il y a des cas au Liberia. Le risque qu'il se retrouve en Europe est heureusement extrêmement limité (...) parce que le foyer principal de l'épidémie reste dans la zone forestière de Guéckédou, une zone assez reculée. (...) Ebola est une maladie qui apparaît très brutalement et très rapidement, les patients ne sont plus en état de voyager et donc cela limite les possibilités de propagation du virus".

Q: Les nouvelles suspicions de cas au Liberia et au Mali changent-elles la donne ?

R: "Le cas suspect du chasseur au Liberia pose des questions s'il est confirmé et s'il est vrai qu'il n'a eu aucun contact avec l'épidémie actuelle. Cela pourrait vouloir dire que ce virus circule de manière massive dans la forêt par l'intermédiaire des chauves-souris et qu'il y a peut-être une épidémie en cours chez les grands singes".

Q: Où se trouve le réservoir de ce virus ?

R: "Très probablement chez les chauves-souris. C'est le réservoir préféré des virus. Les chauves-souris se portent très bien avec le virus (Ebola) et le transmettent.

L'hypothèse la plus probable est que l'épidémie (en Afrique de l'Ouest) soit liée à l'introduction du virus par l'intermédiaire de chauves-souris mais cela reste à démontrer".

Q: Quels sont les temps d'incubation, les symptômes, la dangerosité et le mode de contamination de cette maladie?

R: "La maladie survient entre quatre et 10 jours après le contact avec le virus.

Le tableau clinique démarre avec une fièvre brutale qui peut être accompagnée de douleurs articulaires et abdominales, de toux. Rapidement, on observe des diarrhées, des vomissements et puis le tableau va s'aggraver avec des saignements internes ou externes, une défaillance respiratoire, hépatique et rénale. Rapidement le patient (...) va décéder d'une défaillances multi-viscérale (de plusieurs organes).

Avec l'espèce Zaïre (du virus Ebola, qui a été retrouvé en Guinée), on a un taux de létalité (proportion des personnes atteintes qui décèdent) de 70 à 90%.

La contamination se fait par contact avec les fluides biologiques d'un malade (sang, sécrétions, etc)."

Q: La quarantaine semble la seule mesure. Pourquoi n'y a-t-il pas de traitement contre Ebola?

R: "On est généralement assez démuni face aux virus (...). Pour le virus Ebola, on n'a pas de traitement aussi parce qu'en 40 ans, ce virus n'a tué que 1.500 personnes et est à l'origine de 2.000 cas. C'est difficile de réaliser des études et de développer des médicaments contre des pathologies qui ont un impact relativement modéré."

ot/fa/mba

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