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Les "Vory v Zakone", mafia de l'ex-URSS qui s'implante discrètement en France

04/04/2014 02:14 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

Les "Vory v Zakone", littéralement "Voleurs dans la loi", organisation criminelle ultra-hiérarchisée venue de l'ex-URSS, s'implantent depuis quelques années en France, petit à petit, sans faire de vagues, selon des enquêteurs spécialisés dans le crime organisé interrogés par l'AFP.

Leur nom est souvent synonyme d'extorsions, enlèvements, meurtres, trafic d'armes ou de stupéfiants... Mais en France, cette mafia est bien plus discrète.

"Ils se sont spécialisés dans la délinquance sérielle de masse, des cambriolages, des petits vols. Une délinquance à bas bruit, mais à un niveau industriel", au rendement loin d'être anodin s'il est difficilement chiffrable, explique un enquêteur.

Ils ont également ciblé certains territoires bien précis, comme Lyon (centre), où la police judiciaire a d'ailleurs créé un groupe dédié aux "Vory v Zakone".

"Ils sont à la fois une réalité et aussi parfois un fantasme", résume un autre enquêteur. "Ils n'ont pas encore une influence majeure en France, mais ils sont bien là".

Nés en Russie au XIXe siècle, les Vory v Zakone, fraternité criminelle regroupant différentes nationalités issues de l'ex-bloc soviétique (Russie, Géorgie, Arménie, Moldavie, Tchétchénie, Ukraine...), se sont exportés à travers toute l'Europe depuis le début des années 90.

David Cronenberg s'est inspiré d'eux pour son film "les Promesses de l'ombre" (2007), polar très sombre sur fond de mafia russe implantée à Londres, avec Viggo Mortensen et Vincent Cassel.

En France, leur présence est plus récente, datant seulement de quelques années, "vers 2009-2010", explique une source proche du dossier.

Leur mode de fonctionnement quasi militaire, basé sur un modèle pyramidal, est immuable: un parrain, adoubé lors d'une cérémonie à l'ancienne de cooptation, est responsable de sa bande, gérée par des superviseurs régionaux. "Il faut un curriculum vitae de criminel assez sérieux, quelques années en prison, pour pouvoir intégrer la confrérie", raconte un enquêteur.

- Tatouages et code d'honneur -

Les membres sont reconnaissables à leurs tatouages (rose des vents, toile d'araignée, poignard...), qui ont chacun une signification précise et renseignent sur la spécialité et le parcours de celui qui les arbore. Ils sont censés être régis par un code d'honneur strict, ce qui participe de leur légende. "Mais la réalité est plus souple. Et tous n'ont pas forcément de tatouages", assure cet enquêteur.

Chaque bande doit également payer +l'obshak+, une sorte de dîme prélevée sur les activités criminelles - de l'ordre de 15% -, "qui va servir ensuite à payer les avocats, aider les familles qui se retrouvent seules, ou encore pour d'autres besoins", explique le patron du service d'information de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco), François-xavier Masson.

Seules les mafias italiennes et les triades chinoises possèdent un tel degré d'organisation.

Selon les enquêteurs spécialisés, il est difficile de connaître leur nombre en France. Pour l'instant, seuls 5 ou 6 véritables chefs y ont été interpellés depuis trois ans.

"C'est peu, mais on fait souvent la confusion entre de véritables +Vor+ et le contingent de voleurs et de criminels dans leur sillage, qui sont en France des Géorgiens pour la plupart, ou en tout cas des Caucasiens", souligne un enquêteur.

Après avoir servi au début des années 90 de territoire de repli pour les criminels liés aux oligarques russes, la France constitue depuis quelques années pour cette organisation "un territoire de travail", explique M. Masson.

Pour certains, cette lame de fond n'est peut-être que le début d'une imprégnation criminelle plus importante dans les années à venir. "Si on ne les arrête pas, c'est ce qu'il pourrait se passer", pronostique une source proche du dossier.

"Pour l'instant, les +voleurs dans la loi+ ne sont pas dans une stratégie d'affrontement avec les autres groupes criminels en France. Mais s'ils prospèrent, ce sera peut-être le cas, ou bien ils formeront des alliances", anticipe un enquêteur.

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