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Les effets inattendus de la mort de Kurt Cobain sur toute une génération

04/04/2014 02:14 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

ABERDEEN (É.-U.) - Les circonstances de la mort de Kurt Cobain et les conséquences de son suicide sur toute une génération ont fait couler beaucoup d'encre.

À l'origine, le suicide de Kurt Cobain avait inquiété les autorités de santé de Seattle et d'ailleurs dans le monde, car on craignait une vague de suicides. À la mort de Marilyn Monroe, en 1962, on avait signalé, dans le mois suivant sa mort, 200 suicides de plus qu'en temps normal aux États-Unis.

Immédiatement après la mort de Kurt Cobain, chaque suicide ou chaque tentative de suicide dans la région de Seattle ont été analysés, afin d'évaluer s'ils étaient reliés à celui de la star du rock.

Étonnamment, les statistiques du comté de King, dans l'État de Washington, montrent qu'il y a eu un effet inverse, c'est-à-dire une légère diminution du nombre de suicides, ce qui contredisait ce qui avait été dit dans la presse jusque-là.

Le Dr David Jobes, expert mondial du suicide, a publié ces résultats dans la revue scientifique Suicide and life-threatening behaviour à l'automne 1996. Son étude a révélé une diminution du taux de suicide après la mort de Kurt Cobain, une situation observée jusqu'en Australie.

David Jobes fait remarquer que le décès de Kurt Cobain a été le premier suicide médiatisé pour lequel la presse a fait mention de services d'aide téléphonique pour les personnes en détresse et des ressources d'aide pour la dépression. Cet événement a marqué un changement dans les normes journalistiques pour la couverture d'un suicide.

Pas étranger non plus à ce recul du nombre de suicides, la colère exprimée par la veuve de Kurt Cobain, Courtney Love, lors de la vigile organisée à Seattle quelques jours après sa mort. Après avoir lu la lettre d'adieu de Kurt Cobain et clairement horrifiée par le suicide de son mari, elle avait enjoint aux 7000 personnes présentes d'exprimer leur colère contre ce geste qu'elle a qualifié de « hautement égoïste », démythifiant du coup tout romantisme qui aurait pu entourer le suicide de Kurt Cobain.

L'allocution avait été suivie d'une présentation d'un expert en prévention du suicide, qui avait informé la foule des ressources d'aide offertes aux personnes dépressives. Des mesures qui, selon David Jobes, ont pu contribuer à éviter le désastre.

« Les effets du suicide de Kurt Cobain se font toujours sentir 20 ans plus tard », fait remarquer Vicki Wagner, directrice du programme de prévention du suicide chez les jeunes de Seattle. « Il a déclenché une plus grande sensibilisation au suicide et à ses signes avant-coureurs, et encouragé les jeunes adultes à parler plutôt qu'à se replier sur eux-mêmes.  »

Un texte de Dominique Arnoldi

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