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L'Afghanistan vote pour choisir le successeur du président Karzaï

04/04/2014 11:01 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

De Kaboul à Kandahar, les Afghans ont commencé samedi matin à voter pour choisir le successeur du président Hamid Karzaï, qui aura la lourde tâche de guider l'Afghanistan dans une ère nouvelle et incertaine avec le retrait de l'Otan prévu en fin d'année.

Le premier tour de cette élection présidentielle a débuté à 07H00 (02H30 GMT) dans les quelque 6.000 bureaux de vote disséminés à travers le pays, notamment à Kaboul où les premiers électeurs ont bravé la pluie, a constaté un journaliste de l'AFP.

Cette toute première passation de pouvoir d'un président afghan démocratiquement élu à un autre est considérée comme un test majeur pour la stabilité du pays et la solidité de ses institutions, alors que le retrait des forces occidentales fait craindre qu'il ne retombe dans le chaos.

Huit candidats sont en lice pour succéder à M. Karzaï, seul homme à avoir dirigé ce pays pauvre et enclavé de quelque 28 millions d'habitants depuis la chute des talibans en 2001 et à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Trois de ses anciens ministres se sont clairement imposés comme favoris: Zalmai Rassoul, considéré comme le candidat du président sortant, Ashraf Ghani, un économiste réputé, et Abdullah Abdullah, opposant arrivé en seconde position en 2009 lors de la précédente présidentielle.

Les résultats préliminaires de ce premier tour seront connus le 24 avril, avant un possible deuxième tour le 28 mai.

Profondément hostiles à ce scrutin qu'ils estiment téléguidés par les occidentaux, les rebelles talibans ont promis d'attaquer les bureaux de vote et le personnel chargé d'organiser cette élection, doublée d'un scrutin local devant renouveler les conseillers provinciaux.

Face à ces menaces, des centaines de milliers de policiers et soldats afghans ont été mobilisés à travers le pays, notamment à Kaboul, sévèrement quadrillée samedi.

Les talibans, artisans d'une violente guérilla depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire menée par les Américains, ont mené une série d'attaques sanglantes au cours de la campagne électorale. Mais ils ne sont pas parvenus à la faire dérailler et les candidats ont pu organiser de grands meetings politiques aux quatre coins du pays.

Plusieurs de leurs opérations ont néanmoins eu un fort retentissement, comme l'attaque de l'hôtel Serena, le plus luxueux de Kaboul, qui a fait neuf morts, dont quatre étrangers, ainsi que le journaliste afghan de l'Agence France-Presse (AFP) Sardar Ahmad, sa femme et deux de ses enfants.

- Les menaces: violences, fraude et abstention -

Les violences ont également coûté la mort à deux journalistes étrangers: le reporter anglo-suédois Nils Horner, abattu en pleine rue à Kaboul le 11 mars, et la photographe de l'agence américaine Associated Press (AP), Anja Niedringhaus.

Niedringhaus, 48 ans, lauréate du Pulitzer en 2005, a été tuée vendredi dans la province reculée et instable de Khost (est) par un officier de la police afghane, qui a également blessé sa collègue canadienne Kathy Gannon. Si les autorités afghanes évoquaient une possible bavure, l'agence AP suggérait, elle, que ses deux journalistes ont été victimes d'un acte délibéré.

Outre l'insécurité, deux autres menaces pèsent sur ce scrutin: la fraude et l'abstention, toutes deux massives en 2009.

Après les dernières attaques, plusieurs missions d'observation électorale étrangères ont décidé de quitter le pays, compliquant de facto le contrôle des fraudes.

Certes, les autorités électorale afghanes ont assuré que plus de 300.000 observateurs afghans (indépendants et représentants des candidats) devaient surveiller le vote. Et introduit de nouveaux dispositifs anti-fraude, comme de l'encre invisible appliquée sur le pouce des électeurs.

Mais "il est difficile d'imaginer une élection sans fraude", estimait dans un récent rapport Martine Van Bijlert, une experte du Réseau des analystes sur l'Afghanistan, basé à Kaboul.

Selon elle, depuis la présidentielle de 2004, première élection de l'ère post-taliban, 21 millions de cartes d'électeurs ont été distribuées alors que le pays compte en réalité... 13,5 millions d'électeurs potentiels. Cet élément, tout comme la décision de maintenir des bureaux de vote dans des zones instables, "favorise le bourrage d'urnes" selon elle.

Des fraudes massives, comme lors de la réélection de M. Karzaï en 2009, mineraient la crédibilité du scrutin et fragiliserait le futur président dans un contexte déjà particulièrement difficile.

Il en est de même pour la participation. En 2009, seuls 30% des électeurs inscrits s'étaient rendus aux urnes. Cette année, les menaces des talibans pourraient une nouvelle fois décourager des électeurs, en particulier dans les zones reculées du pays.

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