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Le Rwanda face aux défis de son développement, 20 ans après le génocide

03/04/2014 02:18 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT
ASSOCIATED PRESS
FILE - In this Aug. 25, 1994 file photo a young Tutsi refugee gazes upon the Tutsi camp of Nyarushishi, Rwanda, 6 miles southeast of Cyangugu. Two decades after the Rwandan genocide, France is finally opening what critics called its blind eye to justice over the killings. On Tuesday Feb. 4, 2014, a wheelchair-bound Rwandan former intelligence chief appears in Paris court for an expected seven-week trial to face charges of complicity in genocide and complicity in crimes against humanity. (AP Photo/Jean-March Bouju, File)

Il y a 20 ans, au sortir du génocide, l'économie rwandaise était en ruine : les banques étaient vides, les récoltes pourrissaient sur pieds et les cadavres d'environ 800 000 victimes appartenant essentiellement à la minorité tutsi jonchaient les rues et les champs.

Une partie de la population hutu ayant largement pris part aux massacres fuyait vers le Zaïre (devenu République démocratique du Congo) tandis que les survivants découvraient leurs proches massacrés, leur maison pillée et leur bétail volé ou tué.

Vingt ans plus tard, des Rwandais aisés paressent aux terrasses, le long des artères bitumées de Kigali où une armée de balayeuses se relaient et les économistes sont unanimes pour décrire les "progrès spectaculaires" accomplis par les autorités rwandaises, issues de la rébellion qui, en mettant fin au génocide en juillet 1994, avait récupéré un pays exsangue.

Depuis 20 ans, le PIB par habitant a été multiplié par cinq. Parallèlement, ces dernières années, le taux de pauvreté a baissé d'environ 25% et les inégalités ont été réduites, selon la Banque mondiale (BM).

"Certains appellent ça un triplé en terme de développement", explique Yoichiro Ishihara, économiste à la BM.

Le Rwanda vise désormais à devenir d'ici 2020 un pays à revenu intermédiaire en passant d'une économie encore essentiellement agricole à une économie de services.

Mais malgré ces succès et une croissance annuelle moyenne d'environ 8% de 2001 à 2012, il continue de faire face à des défis à la hauteur de ses ambitions: porter d'ici à 2018 le PIB à 1 000 dollars par habitant (contre 693 $ en 2013) et ramener le taux de pauvreté sous les 30% contre 45% actuellement.

Surtout, si le Rwanda réduit depuis quelques années les inégalités, il reste le pays le plus inégalitaire de la région, selon le rapport 2013 de la Société internationale pour le développement sur l'état de l'Afrique de l'Est.

En outre, le secteur de la construction, moteur de croissance toutes ces années a été dopé par d'importants marchés publics. Mais désormais, "il est temps de passer au secteur privé", fait remarquer M. Ishihara.

La nouvelle ambition du pays, qui tire le gros de ses devises du tourisme, est désormais l'export, de ses matières premières (minerais, thé, café...) et de produits manufacturiers. Une nouvelle zone économique spéciale de 98 hectares attire usines et entreprises agro-alimentaires.

"Le discours actuel est "exporter ou mourir" ", résume un responsable rwandais souhaitant garder l'anonymat.

Parmi les atouts rwandais, une population jeune et éduquée. Environ "70% de la population a moins de 25 ans et les compétences sont là", explique Vivian Kayitesi, du Conseil de développement du Rwanda, organisme public.

Elle espère que cette jeunesse va favoriser la croissance du secteur des services, vers lequel les investissements sont passé de 800 millions de dollars en 2012 à 1,4 milliards en 2013.

- "A un tournant" -

Mais le pays a aussi des handicaps: "le mauvais état des infrastructures, de même que le manque d'accès à l'électricité et une capacité de production limitée, constituent des obstacles majeurs à l'investissement privé", note la BM.

L'aide extérieure représente environ 40% de son budget de fonctionnement, selon la BM, qui souligne que ses recettes intérieures, bien qu'en hausse, restent en deçà de la moyenne régionale.

L'enjeu est crucial vue la baisse des aides extérieures depuis 2012. Le gouvernement du président Paul Kagame - un temps chouchouté par les bailleurs occidentaux, partagés entre sentiment de culpabilité post-génocide et admiration pour un dirigeant africain "moderne" - a en effet perdu de son aura.

Le rôle allégué de Kigali dans la déstabilisation de l'est de la RDC et sa responsabilité supposée dans l'assassinat de dissidents à l'étranger lui ont attiré les critiques de ses plus proches alliés, Etats-Unis en tête.

L'origine suspecte de certaines de ses matières premières - dont une partie de son coltan, minerai essentiel à la téléphonie mobile -, soupçonnées extraites illégalement de RDC, lui ferme certains marchés, malgré les dénégations de Kigali qui tient à sa réputation de bonne gouvernance.

"Le débat est clos depuis longtemps", assure le ministre rwandais des Finances Claver Gatete, qui souligne que le Rwanda a été le premier pays a assurer la traçabilité de ses minerais.

Le pays est aujourd'hui "à un tournant" estime un diplomate. "On ne peut enlever 20 ans de succès, c'est magnifique. Mais ils (les dirigeants rwandais) pourraient tout perdre s'ils laissent les choses en l'état", explique-t-il en référence aux libertés sacrifiées au profit de la sécurité, de la stabilité et du développement.

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