Exclusif - Critiqué pour l'indemnité de départ de 1,2 million de dollars qu'il a touchée de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le docteur Gaétan Barrette a fait augmenter le salaire des médecins spécialistes de 42 % entre 2006 et 2012. Une augmentation qui va passer à 67 % si l'on prend la période de 2008 à 2014.

Un reportage de Michel Rochon

Jamais dans l'histoire de la médecine au Québec n'avons-nous assisté à de telles augmentations de la masse salariale à la fois des médecins omnipraticiens, mais surtout des quelque 10 000 médecins spécialistes.

En 2006, le salaire moyen d'un médecin spécialiste était de 240 524 $, selon les données de la Régie d'assurance maladie du Québec. En 2012, il était de 341 118 $, une augmentation de 42 %.

De plus, en 2007 et en 2011, le gouvernement a signé une entente avec à la fois avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. (FMOQ). Entre 2008 et 2014, la rémunération des médecins va ainsi augmenter de 67 %, une croissance de 8,9 % en moyenne par année.

Il n'existe aucune profession au Québec rémunérée à même les fonds publics qui a connu un tel bond.

L'objectif avoué du docteur Barrette était de rattraper ses confrères canadiens; un objectif très près d'être réalisé. Et en un temps record.

Précision : cet article mentionnait initialement une augmentation de 70 % de la rémunération des médecins spécialistes sur une période de 2006 à 2014. Or, elle se chiffre à 67 % pour la période de 2008 à 2014 (et de 42 % de 2006 à 2012). Nos excuses.

Un avantage fiscal supplémentaire

À cela, il faut ajouter le cadre fiscal instauré dès 2007. Sous le règne du ministre de la Santé de l'époque, Philippe Couillard, Québec passe un règlement (RRQ, c M-9, r21) qui permet l'incorporation des médecins avec des avantages fiscaux très alléchants.

Ainsi, les rémunérations de la RAMQ peuvent être directement versées dans la société du médecin. Ce dernier se donne un salaire et le reste bénéficie d'une réduction du taux d'imposition de 48 % à 19 % et toute une série d'avantages fiscaux.

La médecine d'urgence moins payante que la radiologie

À titre de président de la FMSQ, le docteur Gaétan Barrette avait pour responsabilité de négocier avec les diverses associations de chaque spécialité pour la répartition de la large tarte des rémunérations. Au fil des ans, il avait promis de rétablir un équilibre dans une certaine asymétrie des rémunérations.

Or, au moment où les radiologistes et les ophtalmologistes récoltaient des rémunérations moyennes de plus d'un demi-million de dollars, d'autres spécialités, comme la médecine d'urgence, en récoltaient moitié moins. Force est de constater qu'il quitte son poste sans avoir rétabli cet équilibre pour ses membres. Les médecins d'urgence ont toujours la même rémunération, tandis que d'autres ont vu la leur bondir.

Un bond vertigineux pour les pathologistes cliniques

Un exemple des médecins qui se trouvaient sous-rémunérés et qui ont vu leur sort amélioré, ce sont les médecins travaillant en laboratoire. Les pathologistes cliniques et les anatomo-pathologistes voient leur rémunération bondir de 268 300 $ en 2010 à 365 800 $ en 2012, la plus récente donnée. Un bond de 36 % en trois ans.

Pourtant, d'autres spécialités comme les endocrinologues ou les gériatres n'ont pas obtenu d'augmentations comparables.

Des hausses répercutées sur le budget du Québec

Tout cela dans un contexte où le gouvernement péquiste sortant, voyant la masse salariale des omnipraticiens et des médecins spécialistes augmenter à plus de 6,6 milliards l'an prochain, a tenté de négocier avec les docteurs Barrette et Godin (président de la FMOQ), sans succès, pour tenter de reporter la hausse de leurs rémunérations.

Résultat : Pauline Marois a dû imposer un équilibre budgétaire et des restrictions partout dans le gouvernement, sauf pour les médecins.

Si le Parti libéral prend le pouvoir et que le docteur Gaétan Barrette est élu, Philippe Couillard devra prendre en compte l'impact qu'aurait une éventuelle nomination de celui qui fut jadis devant lui à la table de négociation. Et qui a su arracher au gouvernement les plus importantes augmentations de rémunérations professionnelles de l'histoire du Québec.

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