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Brésil : correction d'un institut après un sondage décrié sur le viol

04/04/2014 05:51 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT

Une récente enquête indiquant qu'une majorité de Brésiliens (65%) considèrent qu'une femme portant des vêtements provocants "mérite" d'être violée, était "erronée" et le chiffre correct est 26%, a rectifié vendredi l'Institut d'enquête économique du gouvernement (IPEA).

Ce sondage gouvernemental diffusé la semaine dernière indiquait que 65,1% des 3.810 personnes des deux sexes interrogées avaient acquiescé à cette affirmation : "les femmes portant des vêtements qui laissent voir leur corps méritent d'être violées", provoquant la colère de nombreux militants et de la présidente Dilma Rousseff sur les réseaux sociaux.

En fait le chiffre exact est de 26%, l'erreur provenant d'un graphique utilisé pour une autre question, a précisé l'IPEA dans un communiqué.

Le directeur responsable de l'enquête, Rafael Guerreiro Osório, a démissionné immédiatement après avoir reconnu l'erreur, souligne l'IPEA.

L'institut précise toutefois que les autres résultats sont corrects et notamment que 58,5% des sondés considèrent que "si les femmes se comportaient mieux, il y aurait moins de viols".

La publication de ce sondage avait provoqué une levée de boucliers de citoyens et de militants, qui ont multiplié sur les réseaux sociaux les condamnations face à cette idée consistant à attribuer à la femme la responsabilité des violences sexuelles.

Mme Rousseff avait elle-même estimé sur son compte Twitter que l'étude démontrait que "la société brésilienne avait beaucoup de progrès à faire et avait appelé "le gouvernement et la société à travailler ensemble contre la violence contre les femmes".

De son côté, la journaliste-militante Nana Queiroz avait appelé sur Facebook les femmes à publier des photos d'elles en petite tenue en arborant le slogan "Je ne mérite pas d'être violée". A 23H00 GMT vendredi dernier, quelque 20.000 femmes avaient simultanément posté leurs photos en ligne.

"Le plus surprenant est qu'il est permis de se dévêtir pendant le carnaval mais pas dans la vraie vie", avait alors protesté la journaliste en soulignant le paradoxe brésilien, un pays où le culte de la sensualité et du corps se heurte au catholicisme conservateur dominant.

Nana Queiroz s'est félicitée vendredi qu'il s'agisse d'une erreur mais considère que 26% est un chiffre encore "trop élevé". "Cela montre qu'il faut poursuivre le mouvement jusqu'à ce que le chiffre atteigne 0%", a-t-elle déclaré au site G1 de Globo.

En août 2013, Mme Rousseff a promulgué une loi visant à protéger les victimes de violences sexuelles, critiquée par l'Eglise catholique qui y voit un premier pas à une légalisation plus ample de l'avortement, une question sensible dans ce pays comptant le plus grand nombre de catholiques au monde (123 millions).

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