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Huit ans de prison pour l'ex-enquêteur du SPVM Benoît Roberge

04/04/2014 07:25 EDT | Actualisé 04/06/2014 05:12 EDT
Agence QMI

MONTRÉAL - Une peine de huit ans de prison a été imposée vendredi à l'ex-enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Benoit Roberge, coupable d’avoir vendu des renseignements aux Hells Angels.

Le juge de la Cour du Québec Robert Marchi a acquiescé à la recommandation conjointe de la Couronne et de la défense, qui réclamaient quatre ans d'emprisonnement pour chacun des deux chefs d'accusation de gangstérisme et d'abus de confiance dont il s'était reconnu coupable.

Le juge Marchi a dit avoir envisagé la peine maximale autorisée par la loi — 10 ans —, affirmant avoir finalement déterminé que la recommandation conjointe était raisonnable.

Le magistrat a eu des mots durs pour Roberge — qui s'est retiré en août dernier après 28 ans de carrière dans les rangs de la police —, alors que le prévenu demeurait impassible sur le banc des accusés.

M. Marchi a affirmé que l'ancien policier du SPVM avait mis des vies en danger et avait compromis des enquêtes criminelles. Et il estime que l'appât du gain est au coeur de ses gestes de trahison prémédités.

«L'accusé, par ses agissements, a détruit sa vie mais encore pire, encore plus triste, celle de sa famille, a dit le juge. Il a trahi sa famille, il a trahi des amitiés. Il a trahi la confiance de ses collègues. Il a trahi le système judiciaire.»

Le mois dernier, Roberge avait plaidé coupable aux deux chefs d'accusation. Il avait alors déclaré, les larmes aux yeux, regretter ses gestes. L'ex-enquêteur avait expliqué avoir collaboré avec les Hells Angels parce qu’un membre du gang de motards criminels avait menacé sa famille.

La Couronne a plaidé que Roberge avait continué à fournir de l’information de la police au membre des Hells René Charlebois, et que leurs conversations démontraient clairement que l’agent expérimenté était sous l’emprise du gang.

Selon la Couronne, Roberge a empoché environ 125 000 $ au cours des quelques mois pendant lesquels il vendait des renseignements aux Hells Angels — une somme qui a été depuis presque entièrement restituée aux autorités.

Le Hells René Charlebois s'est enlevé la vie l'an dernier, après s'être évadé d'une prison à sécurité minimale.

Le voile a été gardé en majeure partie sur la nature exacte des renseignements fournis par Roberge. Malgré tout, on sait que l'information partagée a permis à 15 personnes d'éviter d'être arrêtées dans le cadre d'une enquête sur l'importation de cocaïne, incluant le présumé cerveau de l'opération. Certaines personnes arrêtées plus tard ont reconnu avoir été informées au préalable d'une intervention policière imminente.

Le juge Marchi a souligné que l'épouse de Roberge, Nancy Potvin, agissait comme procureure dans ce dossier, et que l'un de ses amis proches faisait partie des enquêteurs assignés à l'affaire.

Avant l'arrestation de Roberge, Me Potvin travaillait sur des dossiers touchant le crime organisé. Elle est en congé autorisé depuis l'automne dernier, mais n'a pas été reliée aux activités illégales de son mari.

Roberge avait aussi informé les Hells sur deux enquêtes en cours portant sur leurs activités, et avait fourni à René Charlebois des renseignements sur les procédures d'enquêtes de la police. Il avait également vendu des renseignements sur trois informateurs oeuvrant alors dans diverses enquêtes ou devant être mis à contribution.

«On peut difficilement imaginer pire comportement de la part d'un agent de la paix, en qui l'État a placé toute sa confiance», a estimé le juge.

Le coût pour les contribuables des gestes commis par Roberge, tel qu'évalué par la Couronne, pourrait s'élever à 1,0 million $.

Puisque Roberge est détenu depuis son arrestation en octobre 2013, l'ancien enquêteur risque de passer encore sept ans et trois mois derrière les barreaux. Il devra purger la moitié de sa peine — soit quatre ans — avant d'être admissible à une libération conditionnelle.

Le procureur de la Couronne Maxime Chevalier s'est dit satisfait de la peine, qui envoie, selon lui, le message que de tels comportements «méritent d'être sanctionnés très sévèrement car ils portent atteinte à l'administration de la justice».

Pour sa part, l'avocat de la défense, Richard Perras, a qualifié la peine de sévère mais juste. «Il s'agit d'une fin triste à ce dossier, mais également une fin raisonnable», a dit Me Perras.

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