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Un journaliste accuse le courtage à haute fréquence de manipuler Wall Street

03/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

Le dernier essai du journaliste américain Michael Lewis bouleverse le monde de la finance à New York. Au coeur de son ouvrage, une accusation: les échanges sont manipulés, au profit des courtiers à haute fréquence.

L'un des premiers auteurs à avoir démontré dans les années 1980 qu'un best-seller sur la finance n'était pas impossible avec les titres "Liar's Poker" ou "Moneyball", l'ancien courtier dont quelques ouvrages ont été traduits en français relate dans "Flash Boys" l'histoire vraie d'un courtier en rébellion contre les méthodes de courtage les plus sophistiquées.

Fin 2006, fraîchement débarqué à Wall Street, Brad Katsuyama, employé de la Royal Bank of Canada (RBC), s'étonne: ses positions ne cotent pas comme il le souhaite. Les échanges semblent manipulés. Après une petite enquête, il découvre le coupable: le courtage à haute fréquence (HFT).

La trame de l'essai, publié cette semaine aux États-Unis, est aussi accrocheuse qu'à la mode.

Depuis le krach éclair de mai 2010, pour lequel il avait été mis en cause, le HFT, qui permet d'échanger des actions à la vitesse de la lumière, est sous haute surveillance du public, comme des autorités.

La parution de "Flash Boys" intervient moins de deux semaines après l'ouverture d'une enquête par la justice de l'État de New York sur ces pratiques. Et le FBI a fait savoir qu'une enquête fédérale était menée sur la question "depuis un certain temps".

Au fil de ses recherches, M. Katsuyama découvre que des opérateurs semblent profiter de la vitesse foudroyante de programmes informatiques, basés sur des algorithmes complexes, pour mettre en péril ses positions. Et celles de tous les investisseurs "lambda" avec lui.

"Ils peuvent déceler votre envie d'acheter des actions Microsoft, les acquérir avant vous pour vous les revendre finalement à un prix plus élevé", accuse Michael Lewis sur la chaîne CBS.

- Pas illégal -

Une fraction de milliseconde suffit à faire la différence. Elle est acquise au prix fort par des sociétés installant, au plus près des plateformes d'échanges, des serveurs reliés à leurs ordinateurs par un système de fibres optiques à connexion ultra-rapide et des commutateurs à haute fréquence.

"Le marché américain est désormais comparable à un système de classes séparant les pauvres des nantis, dont la richesse n'est pas l'argent mais la vitesse", écrit M. Lewis.

Certes, répondent les accusés, mais si avantage il y a, ce n'est pas illégal. "Tout le monde peut profiter de ces services moyennant paiement", précise à l'AFP une source proche des intéressés. Le NYSE et le Nasdaq n'ont pas désiré faire de commentaires.

"Il est injuste et irresponsable de dire que Wall Street est truquée parce que certains professionnels utilisent la technologie et poussent d'un cran plus haut le niveau de compétition", fulmine quant à lui William O'Brien, de la plateforme BATS.

Décidé cependant à contrer son influence, M. Katsuyama, le cowboy solitaire de M. Lewis, lance en octobre 2013 son propre échange, l'IEX, "destiné à institutionnaliser l'honnêteté dans les marchés", sans attendre l'évolution de régulations qu'il juge dépassées.

La solution proposée est simple: l'introduction d'un délai de 350 microsecondes entre la demande et l'exécution de chaque ordre pour mettre tout le monde au même niveau.

Pour certains experts, la naissance de l'IEX illustre la transformation plus globale de Wall Street. "De plus en plus d'intermédiaires parviennent à protéger leurs clients (...) des courtiers à haute fréquence", explique Larry Tabb, fondateur de TABB Group, une société de conseil financier. "Ce n'est que l'effet logique de la concurrence".

Sous l'effet conjugué de la baisse de la volatilité et des volumes d'échanges, mais aussi de la hausse des coûts pour rester compétitif, la part du courtage HFT est d'ailleurs en déclin depuis son pic en 2009. Selon les estimations de TABB Group, le HFT ne devrait représenter que 48,5% des échanges en 2014, contre 61% il y a 5 ans. Idem pour ses revenus, qui chuteraient à 1,3 milliard de dollars contre 7,2 en 2009.

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