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L'Homme, un primate aux idées longues mais aux dents courtes

03/04/2014 11:46 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

L'humain moderne et ses ancêtres du genre Homo sont les seuls primates dont la taille des dents a constamment diminué au fur et à mesure que celle du cerveau augmentait, un "paradoxe" de l'évolution mis en évidence jeudi par des chercheurs espagnols.

L'une des clefs de ce "paradoxe évolutif" résiderait dans l'évolution du régime alimentaire de l'Homme au fil des âges, selon l'étude dirigée par Juan Manuel Jimenez Arenas, préhistorien à l'Université de Grenade.

Le premier stade de la digestion se déroule en effet dans la bouche, où les dents jouent un rôle essentiel pour réduire les aliments en petites particules plus facilement assimilables par l'organisme. Si le volume du cerveau, organe particulièrement gourmand en énergie, augmente, alors les besoins alimentaires de son propriétaire augmentent également. Par conséquent, l'évolution devrait aussi favoriser l'émergence de dents de plus grande taille pour suivre le mouvement et contribuer à satisfaire ces besoins énergétiques accrus.

Ce n'est pourtant pas le chemin qu'a suivi le métabolisme de l'Homme depuis l'apparition de nos premiers ancêtres, voici près de 2,5 millions d'années.

"Cela signifie que des changements importants ont dû se produire pour que cette tendance", apparemment contre-productive en terme d'évolution de l'espèce, "se maintienne", souligne le Pr Jimenez Arenas dans un communiqué.

Il s'agit vraisemblablement d'un changement de régime qui a été considérablement enrichi par un apport d'aliments d'origine animale: protéines, graisse et oligoéléments qui sont justement fondamentaux pour l'entretien et le fonctionnement du cerveau.

Un cerveau plus volumineux permet à son tour des relations sociales et culturelles plus importantes, donc des progrès technologiques assurant une meilleure sécurité alimentaire.

Pour tester leur théorie, les chercheurs andalous ont analysé le rapport entre la taille des "post-canines" (dents placées derrière les canines) et le volume interne du crâne chez un large aréopage de primates, parmi lesquels les principaux fossiles connus du genre Homo.

"Tout au long de l'évolution humaine, la taille des dents a diminué tandis que la taille du cerveau augmentait. Nous avons démontré qu'il s'agit de deux tendances évolutives opposées, qui sont restées liées pendant 2,5 millions d'années, lorsque nos premiers ancêtres du genre Homo sont apparus", écrivent-ils.

L'étude, publiée dans la revue BioMed Research International, établit aussi un rapport avec l'inactivation d'un gène (MYH16) liés au développement du muscle temporal, situé de part et d'autre du crâne et impliqué notamment dans la mastication.

La taille de ces muscles a commencé à diminuer chez l'humain voici environ 2,4 millions d'années, laissant ainsi plus de place pour la croissance du cerveau, alors que des muscles hypertrophiés sur les tempes gênent le développement du dôme crânien.

ban/dab/sd

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