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Les Premières Nations veulent se doter de leur propre casino au Québec

03/04/2014 10:41 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, souhaite mettre sur pied un casino dont les revenus seraient exclusivement destinés à ses communautés membres.

En pleine campagne électorale, il a dévoilé son intention, jeudi, en rappelant qu'aux États-Unis, les groupes autochtones sont propriétaires de quelque 400 casinos et que l'on compte près d'une vingtaine d'établissements similaires au Canada dans au moins cinq provinces.

«On a beaucoup fait état de maisons de jeu dans la communauté principalement de Kahnawake, a observé M. Picard. Mais si on se fie au type d'établissements (exploités) aux États-Unis, ça serait le premier (au Québec).»

Le chef de l'APNQL a l'intention de déposer sa proposition lors de la prochaine rencontre des chefs des Premières Nations, qui aura lieu, espère-t-il, avant la fin du mois de juin.

«Tout cela fera l'objet d'une proposition en bonne et due forme à la table de nos chefs, qui auront à se prononcer là-dessus, a expliqué M. Picard, en entrevue. C'est sans doute à ce moment que nous pourrons aller dans des discussions plus poussées que le scénario que je propose.»

Questionné sur l'endroit où le futur casino autochtone pourrait voir le jour, le chef de l'APNQL s'est contenté de dire que la décision «reviendrait à l'Assemblée».

«Nous savons où les casinos sont situés (Montréal, Charlevoix, Gatineau et Mont-Tremblant), a-t-il dit. C'est clair que si un projet devait voir le jour, il faudrait considérer les sites où il en existe déjà.»

Quant au monopole d'État de Loto-Québec sur les jeux de hasard au Québec, M. Picard estime que les Premières Nations disposent de «l'autorité nécessaire» pour aller de l'avant avec leur projet de casino.

«La première autorité, c'est la nôtre, puisque nous parlons de territoires où il existe toujours des droits autochtones, a-t-il dit. Je pense que les Premières Nations seraient tout à fait en droit de juger que seule leur autorité serait suffisante.»

La position de Loto-Québec est cependant bien différente, a expliqué une porte-parole, Marie-Claude Rivet.

«En vertu du code criminel canadien, au Québec, seul Loto-Québec est autorisé à gérer des jeux de hasard et d'argent, a-t-elle dit. Ça ne date pas d'hier, ça fait près de 45 ans que c'est comme cela.»

Mme Rivet a toutefois rappelé que ce n'est pas la société d'État qui aurait le mandat de s'assurer que le projet de l'APNQL ne voit pas le jour.

«Nous ne sommes pas un organisme réglementaire, a-t-elle dit. Nous ne sommes pas la police non plus. Ce n'est pas nous qui pouvons aller mettre un cadenas dans la porte de ce type d'établissement.»

Selon le chef de l'APNQL, le moment choisi pour dévoiler son projet de casino représente une réponse aux «vaines tentatives d'engager les partis politiques dans un dialogue sur la notion d'un meilleur partage de la richesse avec les Premières Nations».

«Le développement se poursuit sans aucune considération de nos droits et titres sur le territoire, a dit M. Picard. Avec un discours politique au Québec qui continue d'être aveugle et muet face à l'incontournable réalité de nos peuples, il est temps de changer le rapport de force.

«Nous nous butons malheureusement à des gouvernements qui ne font qu'éviter ces enjeux», a-t-il ajouté.

L'APNQL regroupe 43 chefs des Premières Nations au Québec ainsi que du Labrador.

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