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La BCE ne fait rien mais n'exclut rien si la stabilité des prix vacille

03/04/2014 11:51 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

La Banque centrale européenne (BCE) a affirmé très fermement jeudi sa détermination à agir si la stabilité des prix venait à vaciller et à menacer la reprise en zone euro, y compris en gonflant son bilan à travers le rachat d'actifs.

"Nous sommes résolus dans notre détermination à maintenir une orientation très accommodante de notre politique monétaire et à agir rapidement si nécessaire", a déclaré son président Mario Draghi, confirmant que l'institution monétaire de Francfort n'excluait pas de baisser à nouveau son principal taux directeur.

Mais pour l'heure, elle a décidé de le maintenir à 0,25%, soit son plus bas historique, malgré une inflation qui s'éloigne dangereusement de l'objectif de la maintenir proche de 2%.

En mars, la hausse des prix s'est élevée à 0,5% après 0,7% en février. Un chiffre qui a surpris y compris au sein de la BCE, a laissé entendre M. Draghi, tout en ne modifiant pas son appréciation de l'évolution de cette statistique à moyen terme.

M. Draghi a justifié l'absence d'action en répétant qu'il ne voyait pas se concrétiser le risque de déflation brandi par certains, synonyme de baisse générale des prix et de marasme économique, et a notamment attribué le niveau faible de la hausse des prix en mars à des fêtes de Pâques tardives.

"Les prévisions d'inflation restent ancrées à moyen terme", a-t-il ajouté, alors que la BCE s'attend à ce que la hausse des prix atteigne 1% cette année, puis 1,3% en 2015 et 1,5% en 2016.

-Limite des promesses verbales-

"Mais ce n'est pas une raison pour rester indifférent", a-t-il aussi dit, soulignant que les gouverneurs de la BCE surveillaient de près l'évolution des prix et étaient unanimement prêts à user, outre de l'arme des taux, des outils non-conventionnels à leur disposition pour maintenir la stabilité des prix. Et ce y compris l'assouplissement quantitatif (quantitative easing), soit des rachats d'actifs auxquels certains de ses membres semblaient allergiques, bien qu'il n'ait pas été précisé de quels types de titres il pourrait s'agir.

Toutefois, notent Frédérique Cerisier et Jean-Luc Proutat, économistes chez BNP Paribas, M. Draghi a répété "son plaidoyer en faveur d'un assouplissement des règles prudentielles appliquées au marché des ABS standards, dont le développement serait ainsi encouragé". Les ABS, des crédits adossés à des actifs, avaient été accusés d'avoir été au coeur de la crise des crédits immobiliers à risque aux Etats-Unis, dits "subprime", à partir de l'été 2007.

Pour Christian Schulz, de la banque Berenberg, "M. Draghi a élevé le niveau d'alerte" jeudi et il en conclut que toute nouvelle mauvaise surprise du côté de l'inflation devrait entraîner dans un premier temps une baisse de taux et, "si le choc est très sérieux" des rachats d'actifs.

Mais ce n'est pas le scénario qui a les faveurs de la BCE. L'institution monétaire espère bien que la croissance en zone euro va continuer à s'affermir et lui éviter d'en arriver à ces extrémités.

"La reprise modérée se confirme" et "les risques entourant les perspectives économiques de la zone euro continuent de reculer", a souligné M. Draghi alors qu'en mars, la croissance du secteur manufacturier s'est vérifiée pour le neuvième mois consécutif.

Carsten Brzeski, d'ING, estime peu probable que la BCE agisse lors de sa prochaine réunion de politique monétaire le 8 mai. "La réunion de juin, avec les nouvelles projections (d'inflation et croissance) des équipes de la BCE devrait être le test décisif de la détermination plus ferme de la BCE".

Car pour ce qui est des promesses verbales, "elles ne peuvent aller plus loin". "Le fameux +nous sommes prêts à agir+ semble avoir été tiré à son maximum", juge-t-il.

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