DIVERTISSEMENT

DHC/ART présente «Come and See», de Jake and Dinos Chapman

03/04/2014 04:12 EDT | Actualisé 03/04/2014 04:21 EDT
David M. Benett via Getty Images
LONDON, ENGLAND - NOVEMBER 28: A general view of the atmosphere at the patron's private view of 'Jake and Dinos Chapman: Come and See', a new exhibition at The Serpentine Sackler Gallery, on November 28, 2013 in London, England. (Photo by David M. Benett/Getty Images)

Candidats au prix d’art Turner, Jake et Dinos Chapman sont reconnus internationalement pour leur art sardonique et souvent brutal. Coup d’éclat créatif, la Fondation pour l’art contemporain DHC/ART met en vedette les frères et leurs œuvres, combinant une rencontre avec les artistes et une exposition assurément choquante.

L’exposition de DHC/ART, Come and See, est toute une expérience. Une chose est sûre: les visiteurs seront surpris. Certains, scandalisés. Les figurines Ronald McDonald crucifiées des Chapman mettent la table pour le choc et l’effroi. Règle générale, les artistes prennent une icône et ne font pas qu’en montrer l’autre côté, mais ils «la bafouent dans une orgie de parodies étranges et terribles», explique la commissaire de l’exposition, Cheryl Sim.

L’exposition à grande échelle est présentée dans les deux locaux de DHC/ART dans le Vieux-Montréal, et comprend films, installations, documentations et gravures, y compris Disasters of War IV 2001, qui fait directement référence au fameux Los Desastras de la Guerra de Goya. Il y a des années, les frères ont acheté une série de gravures de Goya en parfait état, puis, dans l’une des interventions artistiques les plus célèbres du monde, ils ont procédé à l’ajout de visages et de nez de clowns directement sur les tirages originaux, un acte qui a été à la fois louangé et vilipendé.

Dans cette exposition, les Chapman ont utilisé des personnages comme des membres capuchonnés du KKK et des nazis. Leur apocalyptique The Sum of All Evil 2012-2013 est un paysage d’horreur implacable. Il en ressort un sens de la démence. Même l’inepte y est violent. Les représentations de Ronald McDonald sont perchées bien en évidence au milieu d’un chaos boueux. L’installation à grande échelle est remplie de soldats miniatures. Les figurines nazies se battent au milieu de mascottes caricaturales. L’œuvre est une représentation presque parfaite de «L’horreur... L’horreur», la célèbre phrase d’un homme mourant dans Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Les atrocités frappent l’œil au moindre regard. Chaque petit morceau a été soigneusement créé et ajouté à cette masse d’une grouillante brutalité. Après le traitement réservé par les Chapman à Ronald McDonald et son inclusion dans la mer de la barbarie, on sent qu’on ne verra plus jamais cet emblème commercial avec le même regard détaché. Le message sous-jacent des artistes qui cible l’hypocrisie de la mondialisation et du mercantilisme n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de subtil.

Avant tout, l’exposition est amusante. «Il y a un sens de l’humour dans tout ce que nous faisons», confie Jake en souriant. La parodie peut être sournoise, comme dans la salle au 2e étage de DHC/ART, où des portraits de famille «standards» sourient devant les œuvres ethnographiques d’un bois foncé des Chapman qui dépeignent les hamburgers ou les logos de McDonald. La satire peut également être virulente, comme dans le bâtiment satellite de DHC/ART où une installation massive de milliers et de milliers de tous petits corps - «nous les avons tous moulés nous-mêmes» - sont empilés comme des ordures au milieu de minuscules voitures, d’orques et de dinosaures. Une véritable petite boutique des horreurs: un Hieronymous Bosch au 22e siècle. Même le bâtiment de DHC/ART est tombé sous l’œil infaillible des Chapman. On peut y voir un omniprésent visage heureux regardant par la fenêtre. Il est noir.

Come and See

Du 4 avril au 31 août 2014

DHC/ART

451, rue Saint-Jean, Vieux-Montréal

Gratuit. Consultez le site web pour les heures d’ouverture.