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Une grève des pilotes cloue au sol les avions de Lufthansa

02/04/2014 04:31 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

Confrontée à la plus grande grève de son histoire, menée par ses pilotes, la compagnie aérienne allemande Lufthansa a supprimé la quasi totalité de ses vols mercredi, jeudi et vendredi, affectant plus de 400.000 passagers.

Cette grève, à l'initiative du puissant syndicat du secteur Cockpit, a contraint Lufthansa, son service de fret Lufthansa Cargo et sa filiale à bas prix Germanwings à annuler quelque 3.800 liaisons.

La compagnie a par ailleurs abandonné tout espoir de faire redécoller ses avions avant samedi: "Durant la phase de grève, il n'y a pas de négociation, mais je pars du principe qu'une fois ce mouvement terminé, nous reprendrons les discussions", a indiqué lors d'une conférence de presse Werner Knorr, chef des services aériens de Lufthansa.

Au total 425.000 passagers vont faire les frais de ces annulations, a calculé la première compagnie allemande, qui évalue le coût financier de la grève à un nombre "à deux chiffres en millions".

"La conséquence économique causée par cette grève est déjà énorme", a souligné M. Knorr.

A l'aéroport de Francfort, le premier d'Allemagne et troisième européen, la situation restait calme toutefois en milieu de journée, après que Lufthansa n'a pas ménagé ses efforts ces derniers jours pour éviter un chaos, informant les intéressés par textos et courriels à l'avance et leur proposant de voler avec d'autres compagnies ou d'utiliser le rail.

Quelques adaptations seront encore à prévoir samedi, au lendemain de la grève, mais "la stratégie que nous suivons est de revenir très rapidement à notre plan de vol initial", a fait savoir M. Knorr.

Cette grève, la plus importante dans l'histoire de Lufthansa, tombe au plus mal pour la compagnie. Engagée dans un vaste plan de restructuration et bousculée par une concurrence de plus en plus dure en Europe, celle-ci avait déjà dû annuler plus de 600 vols jeudi matin en raison d'un débrayage des personnels au sol des principaux aéroports allemands, à l'appel cette fois du syndicat des services Verdi.

-Malaise entre direction et pilotes-

Sur fond de conflit sur les salaires et d'âge de départ à la retraite, Cockpit a appelé les pilotes de Lufthansa à cesser le travail de mercredi 0H00 (mardi 22H00 GMT) à vendredi 23H59 (21H59 GMT).

Le syndicat réclame le maintien de la possibilité de partir en préretraite à 55 ans, que la direction veut relever à 60 ans à partir de 2017. En parallèle, il est engagé dans une négociation sur une revalorisation des salaires.

A l'aéroport de Francfort, plus de 200 pilotes ont manifesté mercredi matin, protestant également contre la politique de Lufthansa qui vise, selon à eux, à maximiser les profits au détriment du personnel, selon l'estimation d'une journaliste de l'AFP sur place.

Cockpit, qui revendique 9.300 adhérents toutes compagnies confondues, n'en est pas à son coup d'essai. Depuis deux ans, il a multiplié les appels à la mobilisation, infligeant de lourdes pertes financières à la compagnie.

Car le malaise dure de longue date entre Lufthansa et ses pilotes, longtemps habitués à être choyés, mais qui sont peu à peu devenus un frein à sa politique d'expansion et de chasse aux coûts.

Cette nouvelle grève trouvait toutefois peu de soutien en Allemagne.

Le ministre des Transports Alexander Dobrindt a quant à lui déploré que "chaque jour de grève entrave la mobilité de centaines de milliers de personnes", dans un entretien au quotidien Bild.

Même à gauche les critiques sont vives, le député social-démocrate Klaus Barthel fustigeant un "mini-syndicat (qui) défend les intérêts d'un petit nombre aux dépens de beaucoup d'autres". Certains, notamment au sein du parti CDU de la chancelière Angela Merkel, réclament une modification du droit de grève afin d'éviter que les syndicats modestes en terme d'adhérents puissent continuer de paralyser le pays.

bt-esp/maj/fw

DEUTSCHE LUFTHANSA AG

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