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Ukraine: UE et USA dénoncent le "jeu dangereux" de Moscou avec l'arme du gaz

02/04/2014 07:22 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

L'UE et les Etats-Unis ont dénoncé mercredi l'utilisation de l'énergie comme "arme politique ou instrument d'agression", et mis en garde la Russie contre les conséquences économiques d'une politique destinée à déstabiliser l'Ukraine.

"Aucun pays ne devrait utiliser l'énergie pour s'opposer aux aspirations des peuples. (...) On ne peut permettre qu'elle soit utilisée comme arme politique ou instrument d'agression", a affirmé le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, lors d'un "Conseil énergie UE-USA" avec la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Les Russes jouent un "jeu dangereux" avec le gaz, car "l'arme va se retourner contre eux" et ils vont en "payer les conséquences", a confié à l'AFP une source proche de la réunion, en soulignant l'importance des revenus tirés par Moscou des ventes de gaz et de pétrole.

Les entretiens entre John Kerry et Catherine Ashton, assistés par le commissaire à l'Energie Gunther Oettinger et Daniel Poneman, secrétaire adjoint américain à l'Energie, ont été consacrés aux moyens d'aider immédiatement l'Ukraine et aux actions à mener pour briser la dépendance des Européens vis-à-vis de la Russie.

Les difficultés actuelles "soulignent la nécessité d'assurer la sécurité énergétique, pas seulement de l'Ukraine, mais aussi de l'Europe", a insisté M. Kerry.

"Il n'y a pas de risque de rupture des approvisionnements via l'Ukraine dans l'immédiat, mais la question risque de se poser avec plus d'acuité d'ici quelques mois", selon une source européenne impliquée dans les discussions.

L'Ukraine consomme 50 milliards de m3 de gaz par an. Elle en produit 20 milliards et achète les 30 milliards restant à la Russie. Mais, surtout, son réseau de gazoducs assure le transit de 65 des 133 milliards de m3 de gaz achetés par les pays de l'UE, selon les données de la Commission européenne pour 2013.

"Le problème, c'est qu'actuellement les Ukrainiens ne sont plus en mesure d'acheter et ils puisent dans leurs stocks au risque de faire exploser leurs installations, qui sont très vétustes", s'inquiètent les Européens.

- Diversifier les sources -

La décision de Gazprom d'augmenter à compter de mardi de 270 à 385,5 dollars le prix à payer par l'Ukraine pour 1.000 m3 accroît les difficultés du pays. "Gazprom a une approche politique avec ses prix, et elle vise à déstabiliser Kiev", a accusé un responsable européen.

La compagnie ukrainienne Naftogaz et la russe Gazprom doivent négocier pour trouver une entente qui devra également permettre à l'Ukraine de solder une dette de 1,71 milliard de dollars. "Il n'est pas question pour nous de faire un chèque à Gazprom", a assuré à l'AFP un responsable européen.

Les Européens doivent pour leur part avancer à marche forcée pour "diversifier leurs sources d'énergie", mieux utiliser leurs terminaux pour le gaz liquéfié, et terminer l'interconnexion de leurs réseaux, ce qui sera fait en 2016.

Leurs achats à la Russie couvrent 25% de leur besoins pour une facture totale de 35 milliards d'euros, soit 3 milliards par mois.

"Les Européens ne pourront pas remplacer ces fournitures du jour au lendemain, mais ils peuvent dans l'immédiat se tourner vers leurs autres fournisseurs traditionnels", a confié une source européenne.

Selon des projections dont l'AFP a pris connaissance, ils pourraient acheter 20 milliards de m3 de plus à la Norvège, soit 119,5 milliards de m3 contre 99,5 actuellement, et 7 milliards en plus à l'Algérie, soit 32,7 milliards contre 25,5.

Ils pourraient également accroître leurs achats de gaz naturel liquéfié (LNG) de 47,5 milliards à 87,5 milliards de m3, mais ce gaz est beaucoup plus cher.

La décision des Etats-Unis de mettre sur le marché d'énormes quantités de gaz de schiste devrait contribuer à faire baisser les prix du LNG et le mettre en concurrence directe avec le gaz russe, a-t-on souligné de source européenne.

Les volumes actuellement mis sur le marché par les Etats-Unis "équivalent à la moitié des flux de gaz venant de Russie", a indiqué un haut responsable américain en rappelant que les exportations américaines vers l'UE pourraient débuter dès 2015.

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