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« Scratch » bientôt à la Petite Licorne : le théâtre des deux solitudes

02/04/2014 06:12 EDT | Actualisé 02/04/2014 06:12 EDT
Courtoisie

Rares sont ceux qui sortent sans égratignure du tourbillon de l’adolescence et d’un combat avec le cancer. Au plus fort des tourments des jeunes filles de 15 ans, Anna réagit à la mort de sa mère en faisant appel à un allié indéfectible : le déni. Née par la plume de Charlotte Corbeil-Coleman, l’histoire de Scratch a été traduite et mise en scène par Sébastien David, et sera présentée à la Petite Licorne dès le 7 avril prochain.

D’entrée de jeu, le créateur précise que la pièce de sa consœur est tout sauf un plaidoyer larmoyant sur le deuil. «Comme elle a perdu sa mère de cette façon, Charlotte voulait absolument éviter les images clichées, explique-t-il. Quand le père annonce à Anna le décès de sa mère, on ne bascule pas du tout dans la tragédie. Pendant la majeure partie de la pièce, elle essaie de tasser ses émotions dans un coin, parce que c’est trop de choses à gérer pour elle. La langue scénique nous plonge constamment dans l’action et dans le mouvement.»

Bien que les deux artistes se soient côtoyés pendant un an, lors de leurs études en écriture dramatique et en interprétation à l’École Nationale de Théâtre de Montréal, ils ont eu besoin d’un détour en Ontario pour découvrir leurs affinités.

«Les sections francophone et anglophone de l’école étaient encore deux solitudes, malgré les efforts qui étaient faits pour enrayer ça, souligne-t-il. En 2011, quelques années après nos études, je suis allé jouer une pièce pendant trois mois en Ontario et j’ai recroisé Charlotte dans un festival de théâtre. J’ai lu son texte là-bas et j’ai eu un immense coup de cœur pour son univers.»

Auteur des pièces Les morb(y)des et T’es où Gaudreault précédé de Ta yeule Kathleen, Sébastien David a tout de suite remarqué chez elle un souci du rythme, un équilibre entre le comique et le dramatique, ainsi qu’une métathéâtralité particulièrement efficace.

«La pièce est divisée en 47 petites scènes où se chevauchent la narration, les scènes revécues et redites, où les personnages se reracontent l’histoire. Comme on plonge dans le bordel de l’adolescence, de la chevelure d’Anna, du cancer et de la maison familiale, je trouvais ça hyper intéressant d’utiliser cette forme-là.»

Quand on le questionne sur le style d’écriture de Charlotte Corbeil-Coleman, il évoque spontanément un lien de parenté dramaturgique avec Sarah Berthiaume et Catherine Léger. «On sent chez elles une plume féminine et incisive, avec une grande sensibilité et un désir de rocker les choses. Pendant le processus de traduction, j’avais ces deux auteures-là en tête. Ça m’a beaucoup guidé.»

Acteur, dramaturge et metteur en scène, Sébastien David semble tout faire pour varier les plaisirs. «J’aime les trois formes à parts égales. L’écriture demande une livraison très personnelle. Le jeu implique de porter la parole de quelqu’un d’autre et de faire preuve d’une grande ouverture, pour se laisser diriger par un œil extérieur. Et la mise en scène me permet de créer des mondes et des moments, ce que j’aime beaucoup. C’est probablement l’élément qui me stresse le moins.»

La distribution de Scratch comprend Micheline Bernard, Henri Chassé, Robin-Joël Cool, Émilie Cormier, Marie-Ève Milot et Monique Spaziani. La pièce sera présentée à la Petite Licorne du 7 avril au 2 mai 2014.

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