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Les rock stars russes s'élèvent contre la campagne de Crimée

02/04/2014 12:45 EDT | Actualisé 01/06/2014 05:12 EDT

Au moment où la Russie joue la carte du patriotisme pour justifier son intervention en Crimée et où la popularité de Vladimir Poutine s'envole, plusieurs rock stars russes sont sorties du rang pour protester en musique et en paroles.

Les critiques suscitées par le rattachement express de la péninsule à la Russie sont venues de vétérans de la scène rock de la Perestroïka, comme d'artistes plus jeunes.

Le chanteur de rock Andreï Makarevitch, célèbre depuis l'époque soviétique avec son groupe Machina Vremeni (Machine à remonter le temps) grâce à des chansons sur la liberté, est l'un des plus véhéments.

"Tout ce qui se passe dans notre pays -- la propagande enragée, le chauvinisme exacerbé, même les jeux Olympiques -- rappelle vraiment l'Allemagne de la fin des années 1930", a-t-il écrit dans une série de commentaires sur sa page Facebook.

"Quand cette psychose de masse se terminera (et elle se terminera), nous nous souviendrons que l'Ukraine est notre voisin et notre parent le plus proche", a-t-il prédit.

La star de 60 ans a en retour reçu une volée de bois vert. Quand il a participé à une marche à Moscou en mars, avec des rubans aux couleurs de l'Ukraine, la télévision publique a zoomé sur son visage avec des commentaires réprobateurs.

Plus de 21.000 personnes ont signé une pétition en ligne pour qu'on lui retire ses décorations, notamment le prestigieux titre d'"Artiste du Peuple".

En réponse, l'écrivain Lioudmila Oulitskaïa et la diva pop Alla Pugatcheva ont signé une lettre ouverte comparant cette "persécution" au traitement réservé aux dissidents soviétiques.

Andreï Makarevitch apparaissait pourtant comme proche du Kremlin. Il a joué sur la Place Rouge pour l'investiture de Dmitri Medvedev à la présidence en 2008, et était même assis à côté de Vladimir Poutine à un concert de Paul McCartney en 2003.

"Il a regardé autour de lui et a décidé de redevenir lui-même. Il a décidé de ne plus mentir et de ne plus avoir peur et de dire seulement ce qu'il pensait", a estimé le critique Alexandre Melman dans le journal Moskovski Komsomolets.

- "De la Crimée au Ienisseï" -

Le Kremlin dispose tout de même toujours d'une cohorte de stars en réserve prêtes à le soutenir.

Aux festivités organisées sur la Place Rouge après l'absorption de la Crimée, le groupe de rock patriotique Lioubé, dont Vladimir Poutine serait fan, a rafraichi les paroles de l'un de ses succès pour souligner que la Russie s'étend désormais "de la Crimée au Ienisseï".

Une série de personnalités, comprenant la chanteuse pop blonde Valeria et le chanteur patriotique Oleg Gazmanov, ont signé une lettre ouverte organisée par le ministère de la Culture, dans la grande tradition soviétique, pour soutenir la politique russe en Ukraine.

Le groupe de rock Alissa, qui a participé à des concerts au Kremlin, a annulé une tournée en Ukraine prévue en mai, invoquant une situation "de coup d'Etat et d'anarchie".

Mais les protestations se sont multipliées.

Boris Grebenchchikov, un chanteur de rock culte en Russie, a vivement réagi quand la télévision publique a utilisé des extraits de l'une ses chansons --"Cette terre était la nôtre jusqu'à ce que nous nous embourbions dans le combat. Elle mourra si elle n'appartient à personne. Il est temps de récupérer cette terre" -- pour illustrer des images d'affrontements à Kiev.

En représailles, le leader du groupe Aquarium, a publié sur Youtube une chanson pacifiste intitulée "L'Amour en temps de guerre".

"Arrêtez de monter les gens les uns contre les autres, arrêtez de mentir à votre peuple pour un semblant de bénéfice aujourd'hui. Cela conduira demain à des pertes beaucoup plus considérables", a-t-il écrit sur Facebook.

La chanteuse de rock Zemfira a posté sur son site officiel une vidéo la montrant en train de chanter avec le groupe ukrainien très politisé Okean Elzy.

"Je veux soutenir, saluer, remercier et rejoindre tous les musiciens ukrainiens", a écrit sur le réseau social VKontakte la chanteuse.

Iouri Chevtchouk, du groupe DDT, un critique de longue date de la politique du Kremlin, a aussi mis en garde sur son blog contre les conséquences d'un conflit entre la Russie et l'Ukraine.

"Chacun d'entre nous doit faire tout ce qu'il peut pour éviter une guerre fratricide", a-t-il écrit dans un billet intitulé "Ne tirez pas", le titre d'un titre de son groupe dans les années 1980, inspiré alors de la guerre soviétique en Afghanistan.

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