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La faim menace le Soudan du Sud, dit le Programme alimentaire mondial

02/04/2014 01:48 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

KHARTOUM, Soudan - Des villageois sud-soudanais désespérés mangent des herbes et des racines pour survivre, au moment où le Programme alimentaire mondial de l'ONU commence à larguer des vivres sur le nord du pays.

Mais ces largages, qui coûtent trois fois plus cher que la même opération par voie terrestre, poussent à la limite la réponse humanitaire internationale, puisque l'ONU n'a récolté que le tiers des 1,27 milliard $ US dont elle dit avoir besoin pour répondre à la crise.

La responsable du PAM, la directrice exécutive Ertharin Cousin, a visité la ville de Nyal dans l'État d'Unity mardi, avant de prendre mercredi la direction de la ville éthiopienne frontalière de Gambela, qui a été prise d'assaut par près de 70 000 Sud-Soudanais fuyant les combats qui ont éclaté en décembre.

Un gigantesque avion Iliouchine a commencé à larguer 30 tonnes de vivres sur les États du nord du pays. Chaque largage contient suffisamment de nourriture pour alimenter 18 000 personnes pendant au moins 15 jours, et vise à venir en aide à ceux qui sont coincés entre les rebelles et les troupes gouvernementales.

Mme Cousin a expliqué que la voie des airs est la seule qui s'offre à eux, puisque les pluies attendues au cours des prochaines semaines rendront les routes inutilisables.

Plus de 25 000 réfugiés qui ont fui les violences attendaient patiemment à Nyal, pendant que le PAM et des organisations humanitaires comme Vision Mondiale distribuaient des biens de base comme des céréales, des grains et de l'huile à cuisson.

La famine menace près de 7 millions de personnes, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). L'ONU rapporte que, au cours des 100 premiers jours du conflit, plus d'un million de personnes ont été chassées de chez elles et que 3,7 millions de Sud-Soudanais sont maintenant menacés d'une insécurité alimentaire.

Mme Cousin était accompagnée d'António Guterres, le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés. «Une famille m'a raconté qu'ils font bouillir des racines vénéneuses pendant six ou sept jours pour en extraire tout le poison et pour avoir quelque chose à manger, a-t-il dit. Ces gens risquent la famine.»

Le secrétaire général de Médecins sans frontières, Jérôme Oberreit, a dénoncé la «réponse incroyablement lente et inadéquate» de l'ONU. Le manque de fonds et le «système inflexible et très complexe» de l'ONU a ajouté aux délais de distribution de la nourriture et des médicaments.

«Si on ne profite pas de la fenêtre avant la saison des pluies, notre réponse échouera, a-t-il prévenu. Les gens vivent dans des conditions horribles et ça ne fera que s'empirer.»

Mais le PAM n'évoque plus une éventuelle famine qui pourrait faire des millions de victimes.

«Nous n'utilisons pas le mot famine, a dit Mme Cousin. Les gens meurent lors d'une famine. Nous ne sommes pas dans cette situation et nous voulons nous assurer que c'est un mot que nous n'aurons pas à utiliser.»

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